[TOP] 5 films-doudou de la rédaction #4

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Face à cette période compliquée, le besoin de films rassurants se fait sentir. Objet transitionnel, le “doudou” nous est apparu comme une évidence. Loin de nous l’idée de vous enjoindre à retrouver votre peluche élimée dans les méandres de vos draps mais plutôt de vous raccrocher à ces films qui, quelle que soit l’humeur du jour, le temps dehors, les difficultés du quotidien, vous font sourire à leur seule mention et vous donnent envie de vous installer bien confortablement dans votre canapé ou de vous rouler dans votre couette. Le doudou, c’est le cocon familial, celui de l’enfance, celui qui rassure, protège et réconforte. Nous avons tou.te.s un film-doudou qui nous accompagne à travers les différentes périodes de notre vie, souvent rencontré à une époque où le monde était – ou du moins semblait – plus simple qu’aujourd’hui. Avec ces films, souvent intemporels (même s’ils vieillissent toujours un peu), un lien spécial s’est tissé, un lien cathartique que l’on retrouve à chaque visionnage. Car plus que la qualité, c’est l’intimité qui se crée avec eux. Et c’est peut-être là qu’est le secret d’un film-doudou : son caractère révolu et son élection subjective. Car malgré les similitudes, chacun a son film-doudou.

Cet attachement sincère est souvent lié aux décennies durant lesquelles nous avons grandi. Les années 1990-2000 pour notre part. La notion de feel good est primordiale d’où la place centrale de la comédie romantique : Quand Harry rencontre Sally (When Harry Met Sally, Rob Reiner, 1989), Un jour sans fin (Groundhog Day, Harold Ramis, 1993), Coup de foudre à Notting Hill (Notting Hill, Roger Michell, 1999), Raisons et sentiments (Sense and Sensibility, Ang Lee, 1995) et autres adaptations des œuvres de Jane Austen. En cette période hivernale, il est aussi impossible d’exclure les films de Noël avec les monuments que sont Love Actually (Richard Curtis, 2001), Maman j’ai raté l’avion (Home Alone, Chris Columbus, 1990) et La vie est belle (It’s a Wonderful Life, Frank Capra, 1946). L’enfance étant souvent le temps de la découverte du film-doudou, les films d’animation y ont une grande place, notamment ceux de studios comme Pixar (Là-haut, Toy Story, Ratatouille), DreamWorks (Shrek, Dragons, Spirit, l’étalon des plaines), Disney (Oliver et Compagnie, Le Roi Lion, Raiponce) et Ghibli (Le Voyage de Chihiro, Princesse Mononoké, Le Château ambulant). Chaque spectateur.rice a évidemment sa comédie culte, qu’elle soit qualitative ou particulièrement régressive : Certains l’aiment chaud (Some Like It Hot, Billy Wilder, 1959) Madame Doubtfire (Mrs. Doubtfire, Chris Columbus, 1993) ou Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (Alain Chabat, 2002). Les années 1980-1990 regorgent de films d’aventure, sources de nostalgie, rapidement devenus des doudous : Gremlins (Joe Dante, 1984), Les Goonies (Richard Donner, 1985), Hook ou la Revanche du Capitaine Crochet (Steven Spielberg, 1991) et Jumanji (Joe Johnston, 1995).

Symbole de l’attachement cinéphage, les sagas cinématographiques représentent le plaisir de retrouver un univers familier avec des personnages récurrents attachants. Ces sagas ont marqué durablement l’Histoire du cinéma. En 1977, Star Wars (George Lucas, 1977 – 2005) crée ainsi la figure du fan par le biais de produits dérivés et du marketing à grande échelle. Le cinéphile devient alors collectionneur. Parmi les plus adulées : Le Seigneur des Anneaux (Peter Jackson, 2001 – 2003), Matrix (Lena et Lilly Wachowski, 1999 – 2003), Harry Potter (plusieurs réalisateurs, 2001 – 2011), Retour vers le futur (Robert Zemeckis, 1985 – 1990), James Bond (plusieurs réalisateurs, 1962 – 2020), Jurassic Park (Steven Spielberg et Joe Johnston, 1993 – 2001) et évidemment le célèbre aventurier Indiana Jones (Steven Spielberg, 1981 – 2008). 

Introduction de Marine Moutot et Manon Koken, inspirée de 5 séries-doudou pour le confinement Saison 2.


Les films-doudou de Manon

Comment choisir seulement 5 œuvres parmi mes films-doudou ? Après 27 ans d’existence, les fétiches commencent à s’accumuler. Beaucoup sont issus de l’enfance mais certains sont aussi arrivés avec les années, souvenirs de soirées d’internat au lycée ou de soirées ciné avec les ami.e.s. Cet article est l’occasion de faire enfin une déclaration d’amour à ces œuvres pas forcément reconnues, ces films vus tellement de fois qu’on en connaît les dialogues par cœur, ces VHS élimées à l’image rendue granuleuse par les visionnages quotidiens.

Mon éveil à la cinéphilie s’est fait, comme pour nombre de jeunes spectateurs, par le cinéma d’animation. Presque tous les mercredis, je me rendais aux avant-premières organisées par le Mk2 Quai de Seine avec ma mère. J’y découvris Mon Voisin Totoro (Hayao Miyazaki, 1988), Le Château des Singes (Jean-François Laguionie, 1999) et Hercule (Ron Clements & John Musker, 1997). Le souvenir de ces séances reste gravé dans ma mémoire, peut-être pas aussi exact que la réalité du moment, mais toujours présent. Et évidemment, bien qu’amoureuse du grand écran, je dois beaucoup aux VHS, de Disney à Tex Avery, en passant par Aardman et Ghibli. Le visionnage des dérangeants L’Étrange Noël de M.Jack (Henry Selick, 1993) et James et la pêche géante (Henry Selick, 1996), conseillés par une amie de ma mère lors de vacances dans le Midi, m’émerveilla, notamment grâce à la magie du stop-motion. À ce moment poignait déjà un petit goût pour les films incompris comme Taram et le chaudron magique (Richard Rich & Ted Berman, 1985) ou Kuzco, l’empereur mégalo (Mark Dindal, 2000), perles dont je ne comprends toujours pas l’insuccès. Comment ne peut-on pas apprécier le génie des dialogues de l’épopée du lama déchu et l’inventivité des arguments scénaristiques – oui, c’est bien un trampoline géant qui permet la résolution de l’intrigue ? Aujourd’hui, cet amour de l’animation reste intact et me guide dans mon travail auprès du jeune public.

En y repensant, les films-doudou sont aussi venus avec les acteurs. Les acteurs-doudou de l’enfance – Rowan Atkinson, inoubliable Mr Bean, Robin Williams, grandiose dans Jumanji, Mrs Doubtfire et Le Cercle des poètes disparus, et Hugh Grant, Anglais timide présent dans toute comédie romantique britannique digne de ce nom – ont évolué, devenant les talentueux Ewan McGregor, Michael Fassbender, Mads Mikkelsen et Viggo Mortensen. À l’adolescence, je suis d’ailleurs devenue une grande fan d’aventure et de fantastique : en tête, Pirates des Caraïbes, Le Seigneur des Anneaux et Harry Potter – saupoudrés d’un peu de Star Wars. Il n’y avait rien de mieux que les sagas pour accompagner les longues traversées de la France en voiture pour se rendre aux Pays-Bas pour les fêtes. Durant mes années lycées, j’alternais entre Shining – impossible de passer une année sans le