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En 2018, l’employé et syndicaliste Kamel Guemari poste une vidéo sur Facebook dans laquelle il annonce qu’il va s’immoler par le feu si McDonald’s France ferme le restaurant franchisé de Saint-Barthélemy, dans les quartiers nord de Marseille. Bien plus qu’un simple fast-food, ce restaurant est l’un des rares lieux de sociabilité de ce quartier populaire longtemps délaissé par les pouvoirs publics. En pleine crise sanitaire et après la liquidation du McDo, Kamel décide, avec des activistes, des bénévoles et des habitant·es du quartier, de créer l’espace « L’Après M ». Ce lieu solidaire a pour objectif d’aider les personnes sans domicile fixe et celles dans le besoin. Chaque semaine, 2 000 paniers-repas sont distribués par des bénévoles.
Pendant un an, le documentariste Yacine Helali les suit dans cette aventure hors du commun. Il filme les moments de joie, la lutte, mais aussi les tensions et l’organisation de cette expérience démocratique unique. En 2021, L’Après M met tout en œuvre pour obtenir les clés du restaurant.
Pourquoi voir le film ?
Un documentaire joyeux : montrer un projet ambitieux, social et solidaire
En montrant l’urgence sociale de garantir à toutes et tous l’accès à une alimentation équilibrée, le documentaire évite les écueils d’un récit de lutte sans encombre ni difficulté. Au contraire, Yacine Helali filme les désaccords, les réunions tendues, la complexité des points de vue et des discours. La résistance qui s’organise face à un géant comme McDonald’s fait penser à David contre Goliath : les petit·es face à une immense machine agroalimentaire. À travers ce pari un peu fou, le documentaire montre combien l’intelligence collective et l’engagement citoyen peuvent faire naître un projet profondément solidaire. Plus qu’un combat contre McDonald’s,Laissez-nous les clés célèbre la force du collectif.
Kamel, Sylvain, Fathi, Carole, Rahima et bien d’autres forment une assemblée où les décisions sont parfois difficiles à prendre. Le film expose les arbitrages : à qui donner ? Comment donner ? Comment éviter que certaines personnes ne se servent deux fois ? Mais aussi l’organisation des plannings, gérer la distribution, ainsi que les réseaux sociaux et les relations avec les médias afin que tout ce travail ne soit pas invisibilisé. En plus de faire entendre leur voix et leur projet, le documentaire montre l’immense travail qui se cache derrière cette initiative.
Très vite, un autre projet se met en place, encore plus ambitieux. Alors que le collectif est menacé d’expulsion par McDo, il décide de récupérer définitivement l’espace grâce à un modèle d’entreprise coopérative, où 50 000 membres de la communauté achèteraient collectivement la propriété pour 1,25 million d’euros. Les parts, d’un montant de 50 €, sont accessibles et, surtout, équitables. En effet, il est possible de donner davantage, permettant ainsi d’offrir des parts à des personnes souhaitant s’engager, mais qui n’ont pas les moyens de débourser une telle somme.
Au-delà de son engagement social et politique, Laissez-nous les clés accorde également une place importante à la musique. Les chansons de HK, des Ogres de Barback ou encore d’Amazigh Kateb rythment le documentaire et accompagnent les différentes étapes de cette aventure collective. Loin d’être de simples respirations, ces moments musicaux célèbrent la convivialité, le partage et la joie d’être ensemble. Ils montrent que le collectif ne se construit pas uniquement dans les réunions ou les distributions alimentaires, mais aussi dans les instants de fête, les échanges et ces temps suspendus qui permettent de resserrer les liens. En insufflant une énergie communicative au récit, la musique rappelle que la solidarité passe aussi par la culture et les moments de célébration.
Ces séquences musicales ne sont jamais de simples parenthèses. Elles deviennent le prolongement de la démarche collective du lieu : des espaces où chacun·e trouve sa place, où les différences s’effacent au profit du groupe. Elles rappellent que la solidarité ne se résume pas à répondre à l’urgence sociale, mais qu’elle se construit aussi dans la joie, la culture et le fait de partager des moments ensemble.
Yacine Helali pose sa caméra sur les lieux et choisit de ne plus les quitter. Les négociations avec McDonald’s ou la mairie restent hors champ. Ce qui l’intéresse, ce sont les femmes et les hommes qui font vivre ce projet au quotidien : leurs débats, leurs doutes, leurs échanges avec les personnes accueillies. En filmant ces petites mains qui accomplissent de grandes choses, le cinéaste rappelle que les plus belles révolutions naissent souvent de celles et ceux que l’on regarde le moins.
Marine Moutot
Laissez-nous les clés
Réalisé par Yacine Helali
Documentaire, France, 1h29
Una Mattina Films
Sorti le 1er juillet 2026
