[CINÉMA] The Good sister

Temps de lecture : 5 min

Comment continuer à aimer quelqu’un lorsqu’on découvre qu’il a peut-être commis l’irréparable ? C’est la question au cœur de The Good Sister, premier long-métrage de la cinéaste allemande Sarah Miro Fischer. 

Elle aborde un sujet profondément tabou : le viol commis par un proche, quelqu’un que nous connaissons. Alors que la parole s’est libérée autour des violences sexuelles, que les femmes peuvent parler plus facilement — sans forcément être toujours écoutées —, la réalisatrice et sa scénariste, Agnes Maagaard Petersen, ont décidé de s’interroger sur l’après. Pourquoi est-ce toujours aux femmes de porter la responsabilité d’aller mieux alors que les auteurs de violences — des hommes dans la plupart des cas — ne sont pas davantage suivis pour comprendre le mal qu’ils ont commis ?

Avec douceur, Sarah Miro Fischer offre un film simple qui s’appuie sur le quotidien et les relations d’une famille pour parler d’un sujet difficile, encore tabou aujourd’hui.

Pourquoi voir le film ? 

Pour son sujet tabou
« Je ne suis pas un monstre. » C’est ce que dit en pleurant le frère de Rose alors qu’il a été accusé de viol par une jeune femme. Samuel, ou Sami pour les intimes, est un homme proche de sa sœur, qui l’accueille et la soutient pendant sa rupture avec sa petite amie. Quant à elle, Rose est la petite sœur qui a toujours compté sur son frère. Elle est perdue et n’a pas particulièrement d’ambition. Elle se laisse porter dans la vie. Alors, au moment où elle reçoit une convocation concernant une accusation de viol portée à l’encontre de son frère, son monde se fissure totalement.

Tandis que le mouvement #MeToo a libéré la parole dans la société occidentale, et que les violences sexuelles, longtemps minimisées, sont désormais davantage reconnues, les victimes sont encore peu entendues et surtout, les auteurs restent encore trop souvent impunis. Dans The Good Sister, la réalisatrice confronte son héroïne à cette terrible question : est-ce que son frère, son pilier, son soutien, a pu violer une jeune femme alors qu’elle dormait dans la pièce d’à côté ? Comment y croire ?

Dans l’imaginaire collectif, c’est encore souvent l’autre, l’inconnu, et non une personne de notre entourage, qui peut violer ou agresser. C’est à cela qu’est confrontée Rose tout au long du film, mais avant cela, la cinéaste prend le temps de décrire leur relation, la douceur de leurs interactions. Sami n’est pas un monstre effectivement. C’est un homme ordinaire, proche de sa sœur, qui semble ne pas avoir intégré les limites fondamentales du consentement. Et c’est cela le plus effrayant ! Il n’est pas possible, dans son esprit, qu’une femme qui l’accompagne chez lui pour utiliser ses toilettes ne soit pas consentante à aller plus loin !

Avec une grande précision, la cinéaste montre également Rose dans un moment de faiblesse : son monde s’écroule et elle doit alors questionner ses croyances et ses certitudes. Être une “good sister”, ou une “soeurette”, comme le suggère le titre allemand, signifie-t-il protéger son frère ou accepter qu’il assume les conséquences de ses actes, afin que le pire ne soit pas pardonné ?

En choisissant le point de vue de Rose, Sarah Miro Fischer nous place dans une position inconfortable. Nous ne sommes ni du côté de la victime, ni dans la tête de l’agresseur : nous sommes avec celle qui doit continuer à vivre avec cette révélation. Et cette place pourrait être la nôtre. Que ferait-on si la personne accusée était notre frère, notre sœur, notre partenaire ou notre meilleur ami ? Pourrait-on accepter qu’une personne que l’on aime puisse être capable du pire ? Cela pourrait être chacun·e de nous dans la salle de cinéma, qui se demande alors : « Et moi, qu’est-ce que je ferais ? »

Point d’histoire : Une parole qui se libère, mais une justice qui peine à suivre

En France, la libération de la parole autour des violences sexuelles n’a pas encore été pleinement suivie d’une réponse judiciaire à la hauteur. Entre 2016 et 2024, les plaintes pour viol sur personne majeure ont été multipliées par trois, passant de 7 169 à 22 352. Dans le même temps, les condamnations pour viol n’ont augmenté que de 30 %, passant de 1 017 à 1 300. En 2022, 153 000 personnes majeures déclaraient avoir été victimes d’un viol ou d’une tentative de viol, mais seules 19 155 plaintes avaient été enregistrées, soit 12,5 % des victimes. 

Ces chiffres ne permettent évidemment pas de comparer directement le nombre de victimes et celui des condamnations, puisque les procédures judiciaires peuvent s’étendre sur plusieurs années. Ils témoignent néanmoins d’un décalage considérable entre l’ampleur des violences déclarées, la libération progressive de la parole et leur traitement par la justice.

Pour aller plus loin je vous conseille

Les articles suivants :
« Les violences sexuelles représentent une large majorité des condamnations pour crime en France » — Le Monde, décembre 2024
« Traitement judiciaire du viol : huit femmes veulent voir la France condamnée par la CEDH » — Mediapart, mars 2024
Le rapport du Haut Conseil à l’Égalité, 2025 « Mettre fin au déni et à l’impunité face aux viols et agressions sexuelles »

Marine Moutot

The Good sister
(Schwesterherz)
Réalisé par Sarah Miro Fischer
Avec Marie Bloching, Anton Weil, Proschat Madani
Drame, Allemagne, 1h36
Memento
Sortie le 2 septembre 2026

Retour en haut