
Temps de lecture : 4 min
Un petit village isolé au milieu des montagnes, un nouveau professeur qui arrive, une ambiance idyllique… Voici la recette du nouveau film du cinéaste italien Paolo Strippoli. Il explore le cinéma d’horreur depuis déjà plusieurs films et revient ici avec The Holy Boy et un mystère : la communauté ne souffre plus grâce à un adolescent.
La petite ville de Remis, surnommée également la Vallée des Sourires, a connu une catastrophe ferroviaire plusieurs années auparavant. Coupée du monde, seule avec la douleur et la mort, elle voit en Matteo Corbin un ange venu la sauver. Le réalisateur explore la notion de souffrance, mais aussi celle, encore plus intéressante, d’un adolescent qui devient un adulte dans un univers où toute personnalité lui est refusée. En devenant un objet de culte, le jeune Matteo est voué à rester seul et isolé. L’arrivée de Sergio, enseignant torturé, va bousculer l’ordre établi.
Pourquoi voir le film ?
Pour son ambiance et sa part fantastique
En évitant de tomber dans le folklore des films d’horreur, Paolo Strippoli construit une atmosphère étrange et presque irréelle. La mise en scène nous propose notamment d’adopter le point de vue de Matteo et de percevoir progressivement le monde à travers lui. Nous perdons pied, la tête à l’envers, tout comme le jeune homme qui tente de se faire une place.
Il n’y a d’ailleurs pas de méchants dans The Holy Boy. Le film montre plutôt des personnes ordinaires qui ne savent plus comment gérer leurs émotions : la frustration, la peine ou encore la difficulté à vivre ressortent alors de manière violente. De nombreux·euses habitant·es ne voient plus Matteo comme un adolescent, mais comme un objet qui leur permet de se déposséder de leur douleur. Très vite, nous percevons que certaines personnes n’agissent plus normalement ; privé·es de la possibilité de ressentir tout l’éventail des émotions humaines, iels semblent devenir des pantins sans volonté.
Pour son sous-texte (attention spoiler)
En faisant de ce garçon l’icône d’une communauté, le cinéaste fait référence à la fois à la figure de l’Antéchrist, mais également à un fait historique. En effet, dans le sud de l’Italie, dans les années 1950, un jeune homme de 21 ans aurait été renversé par un camion avant de se réincarner dans le corps de sa tante, une femme analphabète. Très vite, le « culte du glorieux Alberto » prend place en Campanie et des milliers de pèlerins affluent au quotidien pour entendre les révélations du jeune homme à travers sa tante. En échange d’une modeste donation, ils se voient promettre des guérisons ou des miracles.
Dans The Holy Boy, Matteo offre de prendre les traumatismes des personnes qui l’enlacent. Il devient un symbole autant qu’une divinité pour les membres de ce village. Pourtant en soulageant les horreurs des personnes qui l’entourent, le jeune Matteo n’est plus reconnu comme un adolescent comme les autres, mais comme un être divin dont il faut prendre soin. Cet isolement nourrit alors une forme de dépression chez l’adolescent, plus seul que jamais, n’ayant ni ami, ni réelle famille.
Entre un père possessif qui se sert du don de son fils pour gagner de l’argent et une mère qui s’est jetée par une fenêtre au début du film, Matteo cherche son identité. Il est amoureux d’un garçon de sa classe et trouve en Sergio une figure paternelle qui l’invite à se libérer de ses carcans. Au fur et à mesure du récit, ce jeune homme queer réalise qu’autour de lui, les gens cherchent à le manipuler pour qu’il continue à faire des miracles qui le font souffrir, sans que personne ne s’en inquiète. Quand Sergio arrive – lui qui a perdu de son fils – il est le seul capable de lui parler comme à un adolescent. Matteo voit alors s’ouvrir devant lui une nouvelle forme de liberté. Sergio l’encourage à être celui qu’il veut être et non un objet de désir. Le jeune homme trouve un moyen de vivre ses envies et ses fantasmes en prenant possession des autres, celles et ceux qui lui volent sa jeunesse.
Dans The Holy Boy, une grande partie de la communauté accepte Matteo tant qu’il correspond à l’image qu’elle a construite de lui, tandis que d’autres voient un monstre. Cette dualité permet au cinéaste d’aborder la question de l’humanité. Les habitant·es viennent chercher auprès de lui un soulagement, mais personne ne se demande réellement ce que cela lui coûte. En transformant d’abord un petit garçon, puis un adolescent, en objet de culte, la communauté ne se débarrasse pas seulement des souffrances qui la hantent : elle finit par perdre son humanité.
Marine Moutot
The Holy Boy
(La valle dei sorrisi)
Réalisé par Paolo Strippoli
Avec Michele Riondino, Romana Maggiora Vergano, Roberto Citran
Drame, Fantastique, Italie, Slovénie, 2h02
Grindhouse Paradise Pictures
Sortie le 2 septembre 2026
