[CINÉMA] Planètes

Tirée du film Planètes

Temps de lecture : 5 min

Le premier long-métrage de la Japonaise Momoko Seto est un ovni. Présenté en clôture à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes, il a fait le tour de nombreux festivals dont Toronto et Annecy où il a reçu le prix Paul Grimault. Ce film d’animation sans parole suit le parcours de quatre akènes de pissenlit ressortis vivant·es d’explosions nucléaires qui détruisent la Terre. Ces graines explorent des planètes, toutes très différentes les unes des autres, pour trouver un endroit où elles pourront perpétuer leur vie. 

Si beaucoup vantent la qualité de l’animation, le début peut surprendre par le côté très artificiel des images, pourtant très vite nous voilà entraîné·es par cette histoire et ce parcours haletant.  

Pourquoi voir le film ? 

La magie de la vie 

Le film invente un langage par le son et les postures que prennent les graines et les autres êtres filmés pour nous communiquer des émotions et les sensations des différents protagonistes. La cinéaste et son équipe ont longtemps travaillé sur la conception sonore du film en plus de l’aspect visuel. Dendelion, Baraban, Léonto et Taraxa – les quatres akènes – sont ainsi personnifié·es et proches de nous, tout en étant des graines à part entière. Chacune a ses caractéristiques propres et est unique. C’est ensemble qu’elles voyagent et apprennent à surmonter les difficultés. Le film parle donc de solidarité, de collectif et d’entraide. Ainsi même sans parole, le désarroi, la douleur ou encore l’excitation traversent l’écran pour nous toucher.   

Ce parcours chaotique pour retrouver une terre qui pourrait les accepter est aussi celui de la réalisatrice qui travaille depuis longtemps autour du déracinement et des origines. Mais en imaginant une catastrophe d’origine humaine – les explosions nucléaires – elle parle aussi de son histoire en tant que Japonaise, mais aussi en tant qu’être humaine. Dans le monde, aujourd’hui, des milliers de personnes sont également déraciné-es à cause des conséquences du dérèglement climatique causé en grande partie par les activités humaines. Le long-métrage, en plus d’observer la nature comme jamais avant, montre les effets sur les êtres de devoir voyager dans l’inconnu pour un avenir qui ne sera pas forcément meilleur. 

Pour découvrir des espèces dans leur environnement

Le miracle de la vie que nous découvrons sur le grand écran est dû à la reconstitution fidèle de notre environnement et de ses mystères. En effet, différentes techniques ont été utilisées pour permettre ce résultat : l’animation 3D, la prise de vue réelle en macro et le timelapse – voir le point sur l’histoire pour mieux comprendre ces dispositifs.

De plus, la cinéaste qui a reçu en 2021, le Cristal du CNRS – la plus haute distinction en tant que réalisatrice scientifique – est entourée d’une équipe qui a longuement travaillé autour du comportement des animaux et insectes présentés à l’écran. Ainsi cette odyssée fantastique s’inspire avant tout du réel et de la matière que l’on trouve sur Terre. La cinéaste ne choisit pas par hasard les lieux que nous découvrons tout au long du film. Au contraire, chaque espace choisi est la représentation soit d’une ère terrestre, soit d’un endroit aux propriétés souvent insoupçonnées. 

Planètes est ainsi un hymne à la nature et à la survie grâce au collectif et à l’entraide, mais également une plongée passionnante dans la quête de quatre petites graines pour continuer à vivre dans un endroit accueillant. 

Point d’histoire : Filmer le vivant et tourner en timelapse pendant 260 jours 
Source : Dossier de presse de Gebeka Films

“Nous sommes partis filmer toutes sortes de vivant pendant 260 jours de tournage, étalés sur 2 ans et demi : des bousiers, des papillons de nuit, des papillons de jour, des limaces, des têtards, des grenouilles, des mantes religieuses, mais aussi des pleurotes, des mousses, des blobs, des fougères… Pour pouvoir les filmer, il faut les connaître. Nous avons donc consulté des scientifiques pour les nourrir correctement lors du tournage (parfois il nous fallait plus de 7 jours pour filmer une séquence avec un animal) pour que ces plantes poussent dynamiquement, ou tout simplement pour les trouver dans la nature.

Beaucoup d’animaux que nous avons filmés sont des femelles, car elles étaient plus grosses que les mâles. Le film est aussi conjugué au féminin car il nous expose plusieurs types de naissance : naissance de l’univers par un oursin femelle, naissance d’un anneau planétaire par des calamars lucioles femelles, naissance de têtards par une grenouille… Ce sont donc des actrices de la nature qui jouent leur propre rôle.

Il était essentiel à nos yeux de capturer le vivant dans son état le plus naturel. Faire le film en 3D aurait été inexact et dépourvu des nuances authentiques de la vie. Ce qui m’intéressait, c’était de montrer toute la complexité de la nature, pas d’en réaliser une représentation stylisée et artificielle. Par exemple, comment un pleurote se forme-t-il quand il commence à éjecter des spores ? Comment un œuf de rainette se transforme-t-il en têtard ? Comment une plante se décompose-t-elle ?

Le film a beaucoup recours à la technique du timelapse, qui est précisément l’art de compresser le temps. Il consiste à filmer un phénomène naturel très lent, souvent imperceptible à l’œil nu, sur une période donnée. En accélérant le sujet, nous arrivons « enfin » à percevoir l’invisible. La technique ne devient alors pas seulement un outil pour améliorer la vue, mais elle dévoile ce qui se trouve de l’autre côté du monde visible. Pour lancer un timelapse, il est primordial de bien connaître le comportement du sujet filmé : jusqu’à quelle taille la plante va-t-elle pousser ? Quelle sera sa couleur dans quelques jours ? Quels sont ses mouvements ?”

Pour aller plus loin, je vous conseille : 
Microcosmos : Le Peuple de l’herbe de Claude Nuridsany et Marie Pérennou (1996), pour découvrir la vie quotidienne des insectes et des plantes à une échelle macroscopique. Le film a été tourné dans l’Aveyron en France.

Marine Moutot

Planètes
Réalisé par Momoko Seto
Aventure, France, Belgique, 1h15
Gebeka Films
Sorti le 11 mars 2026
À partir de 7 ans

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