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La dernière production Pixar/Disney débarque sur les écrans français ce mercredi. C’est toujours un film que les grand·es comme les petit·es attendent avec impatience. C’est la promesse soit de retrouver des personnages qui nous sont chers, soit d’en découvrir de nouveaux – mais qui, au fond, auront beaucoup de points communs avec les anciens. Inspiré d’un scénario original, le premier film du réalisateur Daniel Chong se déroule près d’un étang que la jeune Mabel tente de protéger face à la construction destructrice d’une rocade.
Pour cette trentième production estampillée Pixar, Mabel est la septième héroïne à porter un récit. Ne vous attendez pas à un film révolutionnaire : à part les castors, qui sont extrêmement attachants, les protagonistes et les antagonistes sont un peu faciles : l’homme blanc puissant à éliminer, le roi des insectes qui compense sa petite taille par sa soif de pouvoir… Mais si ce nouveau long-métrage n’apporte rien d’original sous le soleil de Pixar, le film reste malgré tout porteur d’un beau message et d’une amitié qui fait plaisir à voir.
Pourquoi voir le film ?
Pour son message écologique
Pour la réalisation des castors et le scénario, Daniel Chong et son équipe sont allés sur le terrain et ont reçu l’aide de la docteure Emily Fairfax, spécialiste des castors. Le film se base donc sur des observations scientifiques pour décrire la vie d’un microcosme comme un étang. Cela peut nous sembler anodin, un petit point d’eau au bord de la route, mais l’histoire montre bien que cet écosystème est habité par une multitude d’espèces. L’équilibre est fragile et, malheureusement, méconnu de beaucoup de personnes, en particulier des dirigeant·es. Même si c’est caricatural, le fait que le maire Jerry, homme blanc d’une cinquantaine d’années, soit pour son projet de rocade qui ne fera gagner que 4 minutes aux utilisateur·rices, au détriment de tout le reste, n’est pas surprenant.
En France, la construction de l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, qui ne devait faire gagner qu’entre 15 et 35 minutes, prévoyait l’artificialisation de 145 hectares de terres, dont 70 hectares de forêts, 25 hectares de zones humides et 50 hectares de prairies. L’impact sur la biodiversité locale est énorme. Le parallèle est d’autant plus frappant que la jeune Mabel est décrite comme une femme en colère, prête à aller loin pour ses convictions. Les militant·es sont souvent décrié·es pour leurs actions, jugées trop radicales. Ici, Mabel tente de faire tout ce qui est en son pouvoir sans parvenir à arrêter la marche destructrice des êtres humains ; elle a alors recours à des techniques plus fantaisistes pour sauver les animaux.
Dans Jumpers, le récit montre qu’il faut faire front pour sauver la planète et ses habitant·es, nous y compris.
Pour l’espoir d’un monde meilleur
Même si le film utilise parfois des gros sabots pour avancer ses arguments, le Roi des mammifères, le castor George, porte un beau message d’espoir pour l’avenir. En insistant sur le fait de changer les gens en leur montrant la beauté de chaque chose, plutôt qu’en utilisant la violence et la rage, il montre que l’amour est ce qui est le plus à même de changer le monde. Il rappelle aussi que l’union fait la force. Même si ce sont des maximes assez classiques, surtout dans les films d’animation à destination du jeune public, les personnages les incarnent ici avec douceur et bienveillance.
Le trait du dessin, assez classique pour un Pixar, montre pourtant tous les détails des castors, ces mammifères essentiels à la construction d’un écosystème. En mettant en avant ces petites créatures, dont la puissance et la mignonnerie sont insoupçonnées, le film en fait de nouvelles mascottes de la biodiversité.
De plus – et même si cela faisait plusieurs Pixar que les histoires d’amour étaient écartées – cela fait plaisir de voir une réelle amitié inter-espèce se créer. Les barrières du langage sont comblées par un intérêt pour l’autre.
Jumpers reste donc un film assez classique, tant par la forme que par le fond. Pourtant, il réussit à nous transporter dans l’univers très codifié de la nature, avec humour et tendresse. Si des vocations de militant·es naissent à la suite du visionnage, alors tout est gagné. Car il faut défendre la nature plus que tout, puisque nous l’habitons au même titre que tous les autres animaux et insectes de la biodiversité.
Point d’histoire : l’autoroute A69
La construction de l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, dont la mise en service est prévue pour l’automne 2026, suscite une forte opposition en raison de ses lourds impacts environnementaux et de son inadéquation avec les objectifs de transition écologique. Le chantier, long de 53 kilomètres (dont 44 km de tracé neuf), a déjà entraîné l’artificialisation de dizaines d’hectares de terres agricoles et naturelles, ainsi que l’abattage massif d’arbres, menaçant directement la biodiversité locale. Des collectifs écologistes et des scientifiques alertent sur la fragmentation des écosystèmes et la disparition d’habitats pour de nombreuses espèces, dans une région déjà soumise à une forte pression urbaine.
Alors que l’urgence climatique impose de réduire la place de la voiture individuelle, ce projet d’autoroute apparaît comme un contre sens écologique et économique. Les opposants soulignent que les fonds publics et privés mobilisés pour l’A69 (plusieurs centaines de millions d’euros) auraient pu être investis dans des alternatives durables : modernisation des lignes ferroviaires existantes, développement du covoiturage, ou renforcement des transports en commun entre Toulouse et Castres. La justice a certes autorisé la reprise des travaux, mais sous la pression des recours et des mobilisations citoyennes, la légitimité même de ce type d’infrastructure est de plus en plus questionnée.
Ce projet illustre ainsi les tensions entre les logiques de désenclavement routier et la nécessité de repenser radicalement nos modes de transport pour répondre aux défis climatiques.
Sources : France info et Wikipédia
Pour aller plus loin, je vous conseille :
Les films d’Hayao Miyazaki, Princesse Mononoké, qui explore la lutte entre l’humain et la nature, avec des personnages forts et une héroïne déterminée à protéger la forêt et Ponyo sur la falaise, sur l’équilibre entre l’homme et la mer, avec une jeune héroïne qui incarne la protection de la nature. Mais également le film Pixar, Wall-E d’Andrew Stanton sur la surconsommation et la nécessité de préserver la Terre, portée par un petit robot attachant.
Marine Moutot
Jumpers
Réalisé par Daniel Chong
Avec les voix de Mallory Wanecque, Piper Curda, Artus
Aventure, Comédie, États-Unis, 1h45
The Walt Disney Company France
Sorti le 4 mars 2026
À partir de 6 ans
