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Sorti en 2002, Paï, l’élue d’un peuple nouveau raconte l’histoire de la jeune Paikea, qui porte le nom du premier ancêtre maori de son village. À douze ans, elle cherche sa place au sein de sa communauté, alors que son grand-père, Koro, est à la recherche du futur chef de la tribu. Gardien inflexible des traditions, il refuse catégoriquement que sa petite-fille accède aux savoirs maoris et lui succède. Pourtant, Paï se sent irrésistiblement attirée par ces enseignements et n’aspire qu’à les comprendre et les maîtriser.
Réalisé par la Néo-Zélandaise Niki Caro, ce film reste d’actualité en 2026. Dans de nombreuses sociétés, les filles sont encore trop souvent considérées comme inférieures aux garçons. Par ailleurs, le long-métrage met en lumière, avec une grande poésie, les traditions maories et cette communion entre les êtres humains et la nature, source de force et d’harmonie.
Pourquoi voir le film ?
Pour découvrir une partie de la culture maori
Le film est adapté du roman de Witi Ihimaera, originaire de Whangara. S’inspirant de la légende de Paikea, il y puise une histoire qui lui tient à cœur, évoquant les mythes et légendes maoris. Sorti en 1997, ce récit répond au souhait de nombreux Maori de voir leur culture mise en avant. Le livre, tout comme le film de 2002, ont bien été accueillis par la communauté.
Le conte raconte comment Paikea, sauvé par un taniwha — une créature surnaturelle — ayant la forme d’une baleine, échappe à la tentative de noyade de son frère jaloux. Il atteint ainsi la terre d’Aotearoa (la Nouvelle-Zélande en maori), où il fonde une nouvelle communauté qui deviendra Whangara. Le film illustre bien l’importance des origines pour le peuple maori.
Koro, attachée à la transmission des savoirs selon la tradition, voit d’un mauvais œil les changements que propose Pai : celle-ci, en tant qu’aînée de la famille, souhaite reprendre le flambeau et apprendre les préceptes maoris normalement réservés aux hommes. Malgré l’amour qu’il porte à sa petite-fille, Koro ne peut se résoudre à briser la coutume ancestrale.
La baleine revêt également une symbolique particulièrement forte. Dans de nombreuses légendes, elle incarne un kaitiaki, un guide : elle éclaire le chemin à suivre et mène les hommes et les femmes vers de nouvelles terres. Le titre anglais du film, Whale Rider (« Cavalier de baleine »), souligne cette idée : la baleine n’est pas seulement celle qui trace la voie, mais aussi celle qui porte les êtres humains vers de nouveaux horizons.
Ainsi, la tradition maorie se voit invitée à évoluer, à accepter cette nouvelle cheffe spirituelle qui se sent profondément liée à la voix de la nature et de l’océan.
Pour son héroïne battante
Paï, interprétée par Keisha Castle-Hughes, n’aspire qu’à une chose : comprendre et s’approprier la culture qui l’entoure. Loin de l’éloigner de ses racines, le rejet de son grand-père ne fait que renforcer sa détermination à apprendre.
Son enfance n’a pas été facile : sa mère est morte en couches, emportant avec elle son frère jumeau. Son père, incapable de surmonter ce deuil, quitte la Nouvelle-Zélande. Elle est confiée à sa grand-mère — au caractère tout aussi trempé — et à son grand-père qui la couvent d’un amour sans limite. Lors que Koro s’éloigne d’elle, Paï trouve refuge dans l’immensité de l’océan et dans ses rêveries. Peu loquace, c’est par la voix off que nous pénétrons son monde intérieur, ses doutes, ses joies et ses questionnements. Ce monologue, presque prophétique, permet aux spectateur-trices de s’immerger dans ses émotions, mais aussi dans la culture maorie, entre tradition et modernité.
Adolescente, Paï n’avait jamais vraiment subi le sexisme que son grand-père lui impose désormais. Enfant, elle a grandi entourée d’amour, sans que son genre ne soit un obstacle. Pourtant, lorsqu’arrive le moment où les garçons deviennent des hommes responsables, elle se voit reléguée là où une femme est censée rester : à la maison, auprès de sa grand-mère. Niki Caro ne cherche ni à atténuer ni à édulcorer cette violence. Au contraire, la réalisatrice en montre toute la brutalité, avec une franchise didactique et sans détour. Tout au long du film, Paï se bat ainsi sur deux fronts : contre le sexisme de sa communauté, mais aussi pour renouer avec les valeurs fondatrices de ses origines — celles de la découverte et du partage.
Pour aller plus loin, je vous conseille :
Nausicaä de la Vallée du Vent d’Hayao Miyazaki, où l’héroïne tente de comprendre pourquoi la Terre est recouverte d’une forêt peuplée de spores toxiques pour les humains. Pour percer ce mystère, elle n’hésite pas à s’aventurer au cœur de cette nature hostile.
Le Chant de la mer de Tomm Moore, où un jeune garçon découvre que sa sœur est une selkie, une créature mythique mi-femme mi-phoque. Il doit alors la protéger d’une sorcière qui cherche à capturer les fées et à briser l’équilibre entre les mondes.
Marine Moutot
Paï, l’élue d’un peuple nouveau
Réalisé par Niki Caro
Avec Keisha Castle-Hughes, Rawiri Paratene, Cliff Curtis
Drame, Nouvelle-Zélande, 1h41, 2002
Splendor Films
À partir de 9 ans
Disponible en Bluray et DVD
