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Cinéaste belge, Valéry Carnoy réalise son premier long-métrage, La Danse des renards. Sorti ce mercredi, le film a déjà reçu plusieurs prix et a été sélectionné à la Quinzaine des cinéastes au Festival de Cannes 2025.
Autour d’un jeune boxeur, star de sa section au lycée, Camille doit faire face à une douleur persistante à la suite d’une chute. Peu à peu, la remise en question de son état et de ses compétences physiques l’éloigne de ses camarades. Alors que la douleur aurait dû disparaître, Camille souffre toujours.
Pourquoi voir le film ?
Pour la trajectoire des personnages
Après son premier court-métrage, Valéry Carnoy rencontre sa future productrice, Julie Esparbes. Ensemble, iels explorent la fragilité des hommes et des corps meurtris. Dans Titan, son second court-métrage, le cinéaste aborde le thème des adolescents qui se blessent volontairement, observant les changements et les conséquences sur leur corps. En parallèle, iels développent La Danse des renards, où la blessure survient cette fois à la suite d’un accident. Celle-ci renvoie Camille à sa propre fragilité et l’amène à douter de ses capacités physiques, qu’il croyait acquises.
Le personnage de Camille – interprété par le jeune Samuel Kircher, impressionnant – ne comprend plus son corps après l’accident qui a failli lui être fatal. Tandis qu’autour de lui, ses camarades découvrent leur puissance, il reste bloqué, incapable de frapper sans ressentir de douleur. Son monde s’écroule. Matteo, son meilleur ami (incarné par Faycal Anaflous), ne parvient plus à le suivre. Eux qui s’étaient promis de rester unis à la vie et à la mort s’éloignent, confrontés à la fragilité humaine.
Sous la forme d’une trajectoire initiatique, le récit crée un parallèle entre les renards et leur amitié. Peu à peu, ces animaux, qui cherchent de la nourriture où ils le peuvent, sont chassés, puis tués. Camille se sent lié à eux. Animal à la fois solitaire, le renard a pourtant besoin de liens avec le groupe ; les plus jeunes restent avec leur famille si la nourriture est abondante. Quand Camille était en pleine possession de ses moyens, il avait en abondance amis et réussite, mais, après avoir perdu sa rage de vaincre, les gens disparaissent autour de lui. Ce parallèle subtil vient renforcer la souffrance intérieure que ressent Camille.
Le personnage de Yasmina (Anna Heckel) est particulièrement intéressant. Elle apporte à Camille une compréhension plus intime de ce qu’il traverse. Personnage soutien, elle a aussi son propre arc narratif : son désir de participer à l’orchestre pour la bande-son d’un film. De plus, elle ne se laisse pas faire et n’hésite pas à répliquer, parfois avec violence. Yasmina met aussi en lumière la solitude de Camille et le manque d’empathie de ses camarades de boxe à son égard.
Pour le traitement autour de la dépression
L’adolescence est une période souvent difficile, où le corps change et où la prise de conscience de soi et des autres est complexe. Dans La Danse des renards, les garçons ont déjà un corps musclé et presque formé, fruit d’un entraînement intensif de boxe. Ils le maîtrisent, le domptent, et en sont fiers. Camille, lui, se démarque par son agilité, plus que par sa force pure, et gagne tous ses matchs. On le voit déjà comme un futur champion junior. Pourtant, quand la douleur persiste après son accident, alors que le médecin lui assure que tout est normal, il se bloque et ses camarades le rejettent.
Le mot « dépression » n’est jamais prononcé, mais la souffrance psychique du jeune homme est palpable. Quelque chose en lui s’est brisé. Et personne ne veut le voir : ni son coach, qui lui ordonne de surpasser la douleur, ni ses camarades, qui le jugent, ni même son meilleur ami. Il doit aller au-delà de la douleur, comme si souffrir sans fin était normal. Le film interroge ainsi cette pratique sportive intense, qui ignore souvent les problèmes psychologiques des adolescents plongés si jeunes dans la compétition et l’exigence.
Camille se réfugie auprès des renards, et leur mort peut symboliser la fin d’une époque où tout était facile et léger : le sport, les amis. Pourtant, quand il remonte sur le ring, il a perdu son audace ; il a même peur : peur d’infliger la douleur aux autres, peur de faire ressentir à ses adversaires sa propre souffrance.
En conclusion, La Danse des renards n’est pas un film de boxe, mais un film sur l’amitié et les ravages que la dépression peut causer, à la fois au corps et à l’esprit.
Pour aller plus loin je vous conseille :
Kids Return, Takeshi Kitano (1996) qui a inspiré le cinéaste Valéry Carnoy pour la réalisation de son premier court-métrage.
Marine Moutot
La Danse des renards
Réalisé par Valéry Carnoy
Avec Samuel Kircher, Faycal Anaflous, Jef Cuppens, Anna Heckel
Drame, France, Belgique, 1h34
Jour2fête
Sorti le 18 mars 2026
