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Une année italienne est adapté du roman Une année d’école, écrit en 1929 par Giani Stuparich. La cinéaste italienne Laura Samani transpose l’histoire d’une jeune femme évoluant dans un milieu exclusivement masculin au début des années 2000, une époque où également était élève dans ce même lycée. Elle observe les rapports de force ainsi que les regards appuyés des hommes sur le corps de Fred, une jeune Suédoise venue à Trieste pour suivre son père.
Avec pertinence, elle filme les amitiés et les amours de jeunes gens qui cherchent à définir la personne qu’iels souhaitent devenir. Le lycée constitue une période charnière : celle du passage à l’âge adulte, avec son lot de désillusions, mais aussi d’espoirs.
Pourquoi voir le film ?
Pour le sous-texte politique
Le premier long métrage, Piccolo Corpo, de Laura Samani racontait une histoire originale sur une femme qui, dans les années 1900, accouchait d’un bébé mort-né et partait dans les montagnes pour le ressusciter et ainsi pouvoir le baptiser. Ici, en choisissant d’adapter le roman de Giani Stuparich au début des années 2000, la cinéaste souhaite à la fois parler du contexte politique de la ville — une certaine insouciance économique avant le krach boursier américain de 2008 — et, en même temps, de l’ouverture de la ville à l’international. En effet, le père de Fred est embauché dans une entreprise pour licencier en masse des employé·es d’une usine.
Sans jamais faire de son récit un film ouvertement politique, Laura Samani laisse affleurer les conséquences concrètes de ces mutations économiques. À travers le regard de Fred, jeune Suédoise arrivée à Trieste, elle filme une ville en mouvement, marquée par son histoire singulière de carrefour culturel et de ville-frontière. Longtemps située au croisement de plusieurs influences, Trieste apparaît comme un espace où se rencontrent différentes langues, identités et trajectoires de vie.
L’arrivée de Fred dans cette ville portuaire n’est donc pas anodine. Son statut d’étrangère fait écho à une Europe qui s’ouvre davantage au début des années 2000, où la circulation des personnes semble plus fluide et où les frontières paraissent moins rigides qu’auparavant. En parallèle, la situation professionnelle de son père rappelle que cette ouverture s’accompagne également de profondes transformations économiques. Chargé de mettre en œuvre des licenciements, il incarne une mondialisation qui crée de nouvelles opportunités pour certain·es tout en fragilisant d’autres populations.
Cette tension entre ouverture et précarisation traverse discrètement le film. Alors que les adolescent·es vivent leurs premiers émois, leurs amitiés et leurs questionnements identitaires, le monde adulte est confronté à des mutations sociales qui redessinent le visage de la ville. Laura Samani saisit ainsi un moment charnière, celui d’une génération qui grandit dans une Europe en pleine recomposition, encore portée par une forme d’optimisme avant les bouleversements à venir.
Pour son regard sur la jeunesse et ses questionnements
La cinéaste fait le choix de filmer très peu d’adultes — le père de Fred et une enseignante de mathématiques — pour se concentrer sur cette classe de garçons qu’intègre l’adolescente. Elle se retrouve rapidement au centre de l’attention jusqu’au moment où des camarades de classe lui volent ses vêtements à la suite d’une séance de sport. C’est à ce moment-là qu’elle se lie avec trois garçons inséparables, dont elle rejoint rapidement le groupe. Elle est alors considérée comme l’un des leurs.
À travers cette amitié naissante, Laura Samani dresse le portrait d’une jeunesse en pleine construction. Derrière les bravades et les jeux de groupe se cachent des adolescent·es fragiles, confronté·es à leurs premières déceptions amoureuses, à leurs doutes et à leurs questionnements identitaires. Fred devient peu à peu un trait d’union entre ces jeunes gens, les aidant à s’ouvrir aux autres autant qu’à eux-mêmes.
Cette justesse de ton repose en grande partie sur le choix de la réalisatrice de confier les rôles principaux à des acteurs et actrices non professionnel·les, qui font ici leurs débuts au cinéma. Leur présence à l’écran apporte une spontanéité et une sincérité qui participent à la crédibilité des relations entre les personnages. Les maladresses, les silences et les élans propres à l’adolescence semblent ainsi captés avec naturel.Présenté en avant-première mondiale à la Mostra de Venise 2025, dans la section Orizzonti, le film a d’ailleurs été salué pour la qualité de son interprétation. Giacomo Covi, qui incarne Antero, y a reçu le prix d’interprétation masculine, une récompense qui vient souligner la force d’un casting capable de rendre toute la complexité émotionnelle de cette période charnière de la vie.
Marine Moutot
Une année italienne
(Un anno di scuola)
Réalisé par Laura Samani
Avec Stella Wendick, Giacomo Covi, Pietro Giustolisi
Comédie dramatique, Italie, France, 1h42
Arizona Distribution
Sorti le 10 juin 2026
