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Porté par un duo d’actrices lumineux et récompensé par le double prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes cette année, Soudain est un film fleuve passionnant sur le hasard, la bienveillance et notre société actuelle. Adapté d’une correspondance entre deux femmes confrontées à la maladie, Soudain raconte avant tout une rencontre improbable : celle de Marie-Lou, directrice d’EHPAD française qui expérimente l’Humanitude, et de Mari, metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer. Deux femmes que tout semble séparer et qui vont pourtant trouver, dans leurs échanges, un espace commun.
En questionnant notre rapport à l’Autre — que ce soit à travers les différences de pays, d’âge ou de manière de faire —, le réalisateur interroge notre façon d’être. Il montre le quotidien, sa beauté et ses difficultés avec douceur, sans oublier d’en montrer les horreurs. Soudain est un film qui sonne juste et touche droit au cœur.
Pourquoi voir le film ?
Pour son côté lumineux
Virginie Efira et Tao Okamoto transcendent le film. Leur rencontre, née du hasard, est une évidence. Leur relation, qui se forme au fur et à mesure du film, montre qu’elles ont besoin l’une de l’autre. Elles sont à un moment de leur vie où, battantes, elles sont essoufflées. Ensemble, elles questionnent leur humanité et celle des autres. Ensemble, elles découvrent également une nouvelle forme d’amour. Impossible de ne pas être touché·e par le lien qui les unit.
D’autant plus lorsque nous savons que les deux actrices ne parlaient pas la langue de l’autre. Virginie Efira a dû apprendre le japonais sur son temps libre, avant le tournage, tout comme Tao Okamoto a appris le français. Pourtant, tout cela est fluide. Leur discussion rythme le film et prend le temps de développer leurs sentiments. Elles parlent, beaucoup. De la maladie, du travail, de leurs passions, du monde qui les entoure. Et cette parole, loin de ralentir le récit, devient son moteur. Cela offre un film riche et bavard qui laisse le temps de penser et pousse justement à aller plus loin dans notre propre réflexion. La densité du propos ne vient jamais court-circuiter les moments d’éclat, mais au contraire les nourrir.
Ces instants du quotidien, où l’on voit leurs efforts et leurs luttes — contre la maladie et contre le capitalisme —, sont réellement des moments magnifiques et heureux. À aucun moment, le désespoir ne gagne les protagonistes : elles sont toujours portées par la lumière.
Pour les réflexions offertes autour de notre société
Au fur et à mesure que leurs échanges avancent, la question du capitalisme apparaît. En appliquant les méthodes de l’Humanitude, très vite, les deux femmes réalisent que le manque d’argent est un argument contre sa mise en place. Même si, à terme, mieux traiter les patient·es sera un gain de temps — souhaité par le capital —, pour le moment, cela constitue un frein à l’efficacité.
Marie-Lou et Mari réfléchissent alors à une autre manière de regarder le problème : plutôt que d’affronter directement le manque d’argent, il faut chercher des chemins détournés. Ne plus partir du principe qu’il faut de l’argent pour faire cela, mais au contraire réfléchir à ce que l’on peut faire avec les moyens dont on dispose.
Ainsi, leurs discussions nourrissent une pensée profonde, dense et riche autour de notre société qui dépasse le principe de l’Humanitude. Elles ne parlent pas que du négatif, mais abordent aussi le positif. Le capitalisme n’est pas non plus montré comme l’origine de tous les maux : il a été responsable de destructions, mais il a aussi permis à des millions de personnes d’accéder à un meilleur niveau de vie et à une éducation essentielle. À travers leurs discussions, une question plus vertigineuse apparaît alors : le système dans lequel nous vivons est-il encore capable de se réinventer ?
Avec philosophie, le film montre comment la communication offre de véritables possibilités de faire évoluer les choses. En faisant dialoguer leurs expériences et leurs manières de penser, Soudain devient une invitation paisible à imaginer d’autres façons de faire.
Ryusuke Hamaguchi résume finalement très bien ce qui traverse le film lorsqu’il affirme : au-delà des différences de langue, de culture ou de parcours, « nous avons fait un film ensemble ». Une phrase qui pourrait presque résumer Soudain tout entier.
Point d’histoire : l’Humanitude
La méthodologie de soin Gineste-Marescotti dite Humanitude®, du nom des deux français qui l’ont créée, est une philosophie qui interroge l’humain et les relations avec les personnes en situation de vulnérabilité. Née au cœur des services, elle comprend plus de 150 techniques professionnelles fondées sur 4 piliers : le regard, la parole, le toucher et la verticalité. L’Humanitude est enseignée dans plusieurs pays dont le Japon. En France, plus de 800 établissements (EHPAD, secteur du handicap, services à domicile) l’ont choisie. Sa mise en pratique au quotidien permet d’apaiser plus de de 8 soins difficiles sur 10. À ce jour, 38 établissements ont obtenu le label Humanitude, premier label de bientraitance.
Sources : www.humanitude.fr (les formations professionnelles) et www.lelabelhumanitude.fr
Marine Moutot
Soudain
(All of a Sudden)
Réalisé par Ryusuke Hamaguchi
Avec Virginie Efira, Tao Okamoto, Kodai Kurosaki
Drame, France, Japon, Allemagne, Belgique, 3h15
Diaphana Distribution
Sortie le 12 août 2026
