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Le premier long-métrage de fiction du duo de réalisatrices Pauline Brunner et Marion Verlé raconte comment Fanny, une jeune trentenaire tout juste divorcée et criblée de dettes, sort la tête de l’eau en aspirant à devenir une sirène professionnelle. Cette femme discrète, qui travaille de nuit et habite à Fécamp, décide de réaliser ce projet avec l’aide de Paupiette, une femme de 70 ans qui travaille encore. Très vite rejointes par Tintin, un pêcheur sans poisson ni revenu qui se bat contre les grandes compagnies maritimes, elles se lancent ensemble dans cette aventure. Ce projet un peu fou de participer à Miss Mermaid, à Bilbao, devient réalité le jour où Nini la sirène est sélectionnée.
Les cinéastes s’inspirent d’une véritable sirène de Fécamp, Alexia Colibert, qu’elles avaient suivie pendant un an lors de sa préparation au concours de Miss Mermaid en 2019. Ce documentaire avait ensuite été diffusé sur France Télévisions. Toujours avec un regard bienveillant et sincèrement curieux, elles filment cet univers singulier et rendent hommage à toutes celles qui osent poursuivre leurs aspirations les plus folles.
Pourquoi voir le film ?
Une fable douce et enchantée
L’histoire est ancrée dans un territoire et dans une réalité économique précise. Fécamp et les crises des usines ainsi que des petites entreprises de pêche façonnent un paysage que les deux réalisatrices ont déjà exploré. Dès l’ouverture du film, l’héroïne Fanny, incarnée par une Aloïse Sauvage formidable, participe à une fête où les convives préfèrent fermer les yeux sur la détresse sociale de certain·es pour oublier la leur. Fanny s’en détache alors, incapable de supporter plus longtemps ce quotidien étouffant et hypocrite.
Très vite, les cinéastes composent un trio mal assorti, mais profondément touchant, dont les trajectoires incarnent différentes formes de précarité, de solitude et d’exclusion. Fanny est cette trentenaire qui s’est mariée trop tôt et qui réalise qu’elle avait laissé de côté ses envies et ses aspirations. Elle vivait davantage pour les autres que pour elle-même. Paupiette, incarnée par Anne Mercier, livre une interprétation remarquable. Elle vit entourée de ses chats et son travail lui permet de conserver un lien avec l’extérieur, alors que son fils souhaiterait la voir arrêter. Forte tête, indépendante, elle avance avec humour et sans regret. Elle représente toutes ces personnes âgées que la société préfère oublier plutôt que d’écouter. De son côté, Tintin — Thomas VDB, loin de sa verve habituelle mais porté par une véritable poésie — incarne un David face à Goliath. Il aimerait simplement vivre de son métier, mais doit lutter contre les grandes compagnies maritimes. Le jeu est truqué et il devient la figure de l’activiste, du militant et de l’écologiste isolé au milieu de la marée.
En se retrouvant, iels réapprennent à croire en un avenir différent, et cela fait vibrer. En pratiquant le mermaiding à leur manière, les trois protagonistes sortent du cadre, interrogent les normes et assument leur décalage dans une société qui les invisibilise.
Une comédie sociale profonde
Aller au bout de ses limites, se dépasser, peut permettre à beaucoup de redonner un sens à leur existence. Une existence parfois terne, sans couleur ou marquée par la solitude. Ici, Fanny, Paupiette et Tintin s’investissent pleinement dans une aventure folle afin de rejoindre une communauté que les cinéastes montrent comme inclusive et dénuée de tout jugement. Ensemble, les individu·es deviennent plus fort·es.
Paupiette et Fanny représentent la sororité à laquelle beaucoup aspirent aujourd’hui : celle de femmes qui se soutiennent malgré leur différence d’âge et leur parcours de vie. Une sororité où les femmes deviennent les moteurs de leur propre émancipation. En pratiquant le mermaiding, Fanny se réapproprie son corps — que son ancien compagnon avait tenté de contrôler en trafiquant ses pilules contraceptives — mais aussi son destin.
Tintin, quant à lui, rappelle que tout est politique, même l’intime. Il incarne ce souffle de gauche qui cherche à faire évoluer la société, qui se bat pour un monde plus juste où les plus modestes ne se font pas écraser par les plus puissants.
Sans jamais porter de jugement sur leurs personnages, même secondaires, les deux réalisatrices mettent en lumière les combats de ce trio profondément attachant. Derrière son apparente fantaisie, Miss Mermaid parle avec justesse de notre époque. Pauline Brunner et Marion Verlé filment un monde laissé de côté, où le queer et l’étrange deviennent des espaces de liberté.
En choisissant la figure de la sirène, elles racontent finalement une autre forme de métamorphose : celle de femmes et d’hommes qui cessent de survivre pour recommencer à vivre. Et si le conte fonctionne si bien, c’est parce qu’il rappelle que les transformations les plus importantes sont souvent celles que l’on accomplit ensemble.
Point d’histoire : Le mermaiding
Bien avant de devenir une discipline sportive, le mermaiding est d’abord un imaginaire de cinéma. Des ballets aquatiques hollywoodiens popularisés par l’actrice et nageuse Esther Williams dans les années 1940 et 1950 à La Petite Sirène de Disney en 1989, la figure de la sirène n’a cessé de fasciner. Ce n’est pourtant qu’au début des années 2000, avec l’apparition de queues en silicone très réalistes, que le mermaiding devient une véritable pratique mêlant natation, apnée, danse et performance artistique.
En France, cette pratique se développe progressivement au cours des années 2010 grâce à des écoles spécialisées, des associations et des compétitions comme Miss Mermaid France, qui permettent à une communauté de passionné·es de se retrouver. Au-delà de son aspect spectaculaire, le mermaiding est souvent présenté par celles et ceux qui le pratiquent comme un espace d’expression, de confiance en soi et de réappropriation du corps. Ouverte à tous les âges et à toutes les morphologies, cette discipline revendique une approche inclusive où l’imaginaire, le plaisir de nager et le dépassement de soi priment sur la performance. C’est cette dimension profondément humaine que Pauline Brunner et Marion Verlé choisissent de mettre en lumière dans Miss Mermaid.
Pour aller plus loin, je vous conseille :
Dans leur entretien dans le dossier de presse, les deux cinéastes conseillent le documentaire sur Netflix MerPeople.
Le documentaire des deux réalisatrices, Pauline Brunner et Marion Verlé, Miss Mermaid de 2019.
Marine Moutot
Miss Mermaid
Réalisé par Pauline Brunner & Marion Verlé
Avec Aloïse Sauvage, Thomas VDB, Alison Wheeler
Comédie dramatique, France, 1h32
Jour2Fête
Sortie le 1er juillet 2026
