[CINÉMA] Les Matins merveilleux

Trois personnes face à la mer

Temps de lecture : 4 min

Pour son premier long-métrage, Avril Besson réunit India Hair et Raya Martigny dans un duo d’actrices qui illumine littéralement l’écran. Un film doux où la mer, la petite ville de Cavalaire et ses plages vides renvoient aux âmes seules qui restent quand tout le monde est parti. Avec une mise en scène au plus proche des personnages, la cinéaste nous invite à rentrer dans leur intimité et surtout dans leur solitude.

À la suite de la mort de sa grand-mère qui l’a élevée, Charlie décide de prendre la route pour donner un carton de vinyles à un certain Thierry, caviste à Cavalaire. Elle traverse la France avec sa petite Twingo, mais ce qui intéresse surtout la cinéaste, c’est ce que cette arrivée rend possible : une petite ville en plein cœur de l’hiver, déserte et pourtant habitée par de belles personnes. Elle y fait la connaissance de Marina, de Titou — le fameux Thierry —, mais aussi de Maxime. Elle fait surtout la rencontre d’elle-même et retrouve une joie de vivre et une folie douce.

Avec tendresse et beaucoup d’humanité, Avril Besson filme des solitudes qui se rencontrent, et cela fait des étincelles.

Pourquoi voir le film ? 

Pour son casting solaire 
Avril Besson avait déjà filmé India Hair et Raya Martigny dans le court-métrage Queen Size en 2023, et déjà le duo d’actrices possédait cette force. Malgré leurs différences, à la fois de taille mais surtout de vie, Charlie (India Hair) et Marina (Raya Martigny) vont tout de suite trouver une connexion évidente.

La cinéaste capte, à travers le visage d’India Hair, toutes les émotions de Charlie, qui est une femme sans filtre, mais discrète et un peu naïve, tandis que l’aura magnétique de Raya Martigny sert le personnage de Marina, dont les blessures l’ont amenée à se refermer sur elle-même.

Eric Cantona, ancien joueur de football, incarne Titou, un caviste passionné de disco dont le père est en train de mourir. Quand Charlie lui apporte le carton, il reconnaît immédiatement les disques de son amour de jeunesse : la mère de Charlie. Il va alors lui permettre de se reconnecter à cette mère qu’elle n’a pas connue et qui lui a toujours manqué.

À l’image de cette station balnéaire désertée par les touristes, Charlie semble d’abord vidée de toute énergie. Puis, au fil des rencontres, la ville comme son héroïne retrouvent peu à peu des couleurs. Comme si les liens humains suffisaient à repeupler les lieux autant que les cœurs.

Un film qui redonne confiance en l’autre
Avril Besson ne filme jamais ses personnages comme des êtres à réparer. Elle les regarde avec une infinie délicatesse, leur laissant le temps d’exister, d’hésiter, de se tromper et de rire. Cette bienveillance finit par gagner la spectateur·trice : nous  n’avons pas l’impression que le monde est devenu plus simple, mais nous avons envie de croire qu’il peut être plus doux. À l’image de cette scène de karaoké, où Charlie est montrée dans toute sa fragilité, mais aussi sa force. Sa bizarrerie, son regard décalé sur le monde et sa manière singulière d’exister ne sont jamais tournés en ridicule. La cinéaste la filme avec bienveillance et délicatesse. Dans ce monde-là, personne ne reproche à Charlie d’être différente. Et c’est précisément cette absence de jugement qui rend le film si profondément réconfortant.

Autour du quotidien d’une ville en hiver, de solitudes qui se rencontrent, de personnes qui sortent un peu du commun et qui s’aident mutuellement, Les Matins merveilleux déploie une grande douceur et une véritable poésie grâce à ses deux héroïnes à part, tout en parlant de deuil, de dépression et de discrimination. 

Pour son ton léger surtout
Dès le début du récit, l’humour s’impose. Cet humour tendre qui fait du bien, parce qu’il est sincère et réaliste. Dans une séquence d’anthologie, Charlie se cache derrière un petit arbre, sent une fleur considérée comme indésirable, escalade une ancre de navire, le tout sous LSD et sous le regard attendri de Marina, qui redécouvre la simplicité des émotions. Ensemble, elles découvrent une manière d’aimer sans rapport de force, où chacune peut expérimenter, hésiter et avancer à son rythme.
Les personnages ne cherchent jamais à se sauver les un·es les autres. Iels s’offrent simplement une place. Une écoute. Du temps. Une présence. Et c’est peut-être cela qui touche autant : dans un cinéma où les conflits prennent souvent toute la place, Avril Besson choisit de filmer la douceur comme un véritable moteur dramatique.

Sans jamais nier le deuil ou la solitude, Les Matins merveilleux choisit de croire aux rencontres plutôt qu’au désespoir. Et c’est peut-être là sa plus belle réussite : rappeler, avec une infinie délicatesse, que quelques personnes bienveillantes peuvent parfois suffire à nous redonner envie d’avancer.

Marine Moutot

Les Matins merveilleux
Réalisé par Avril Besson
Avec India Hair, Raya Martigny, Eric Cantona
Comédie dramatique, France, 1h27
Arizona Distribution
Sortie le 29 juillet 2026

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