[PROPAGANDE] Introduction : la propagande au cinéma

Extrait du film Le Cuirassé Potemkine

Temps de lecture : 5 min

À quoi reconnaît-on la propagande ? 
D’ailleurs, qu’est-ce qui se cache réellement derrière ce grand mot que l’on entend souvent à tort et à travers ?

Est-ce Big Brother qui nous observe ? La création d’une nouvelle langue comme dans 1984 de George Orwell ? Les films du régime nazi ? Les réseaux sociaux ? La publicité ? Le soft power américain à travers les superproductions hollywoodiennes comme Avengers ? Ou encore les stratégies d’influence de milliardaires comme Pierre-Édouard Stérin ou Vincent Bolloré, à travers le financement de réseaux, d’organisations ou de médias participant à la diffusion des idées de la droite conservatrice et de l’extrême droite en France ? 

À travers une série d’articles, Phantasmagory vous propose de comprendre les mécanismes de la propagande, d’hier jusqu’à nos jours. En traversant trois grandes époques (la Seconde Guerre mondiale, la Guerre froide et notre époque contemporaine), les articles auront pour vocation de parcourir l’histoire de la propagande, mais aussi de proposer des dossiers plus pédagogiques pour décrypter les images à travers le son, le montage… tout en analysant des extraits et des œuvres célèbres. 

À l’heure où chacun.e est exposé.e quotidiennement à des milliers d’images, apprendre à reconnaître les fonctionnements de la propagande n’est plus seulement un exercice d’histoire : c’est un enjeu citoyen. 

Cette série d’articles part d’un constat simple : nous avons souvent une vision très réductrice de ce qu’est la propagande, que l’on associe au mensonge, aux régimes totalitaires ou aux affiches de guerre. Pourtant, elle est bien plus complexe. Elle ne consiste pas seulement à convaincre : la propagande façonne notre manière de regarder le monde. Elle sélectionne certains récits plutôt que d’autres, construit des émotions, désigne des ennemis, des héros, des modèles à suivre. Si parfois elle nous dit quoi penser, elle influence surtout notre capacité de juger ce qui est normal, désirable ou menaçant.

Comme l’écrit Jean-Pierre Bertin-Maghit dans son introduction au livre Histoire mondiale des cinémas de propagande : 

L’utilisation de la propagande ne part donc pas de rien, elle ne crée pas les croyances : elle amplifie les peurs, les désirs, les frustrations ou les valeurs qui existent déjà.

Depuis son invention, le cinéma est l’un des outils les plus puissants pour raconter une histoire collective. Parce qu’il mêle images, sons, musique, montage et émotions, il possède une capacité unique à faire adhérer un public à une vision du monde. C’est précisément ce qui en fait un formidable outil de propagande, comme l’explique Jacques Ellul :

La propagande est l’expression d’opinions ou d’actions effectuées délibérément par des individus ou des groupes visant à obtenir l’adhésion à un système idéologique, adhésion qui devra par la suite entraîner un certain nombre de gestes corrélatifs.

Jean-Pierre Bertin-Maghit souligne dans son ouvrage que la définition d’Ellul possède :

l’avantage  d’envisager la propagande au sens large en évitant de la limiter à son aspect le plus connu et spectaculaire, la propagande politique, et en insérant celle qui est la moins visible mais la plus importante, la propagande sociologique. Cette dernière tend à nous imposer des modèles de comportements.

Ainsi à travers les différents articles, nous analyserons comment la propagande est parvenue à s’immiscer à beaucoup d’endroits. Ce qui nous intéressera plus particulièrement sera de comprendre que le cinéma n’est jamais neutre : chaque image résulte d’une série de choix. Cinéastes, publicitaires ou propagandistes nous proposent un point de vue : le leur. Mais le regard n’est jamais à sens unique. Il y a celui ou celle qui fabrique l’image et celui ou celle qui la reçoit. Notre histoire, nos croyances, nos connaissances et nos expériences influencent aussi notre perception d’une œuvre et notre manière de la regarder.
Cela ne signifie pas que toute œuvre engagée devient un film de propagande. Mais comprendre qu’un film est une construction, faite de choix artistiques, narratifs et techniques, est une première étape pour développer un regard critique sur les images.

Des actualités filmées de la Seconde Guerre mondiale aux blockbusters contemporains, en passant par les films de la Guerre froide, une même question guidera cette série : comment les images façonnent-elles notre manière de voir le monde ?

Marine Moutot

Sources
Toutes les citations sont tirées du livre : Histoire mondiale des cinémas de propagande, sous la direction de Jean-Pierre Bertin-Maghit (2015, Édition Nouveau Monde)
Image d’en-tête de l’article : Le Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein (1925)
Image d’accueil : Docteur Folamour de Stanley Kubrick (1964)


SOMMAIRE

LA SECONDE GUERRE MONDIALE 
Le cinéma au service du nazisme : Leni Riefenstahl
La propagande chez les Alliés
Le régime de Vichy : quand le cinéma participe à la construction d’un nouvel ordre politique

LA GUERRE FROIDE
Hollywood contre Moscou : le cinéma au cœur de la Guerre froide
La CIA et le cinéma
L’utilisation du cinéma par Mao pour construire un nouvel imaginaire collectif 

ÉPOQUE CONTEMPORAINE
Hollywood et le soft power
Quand la distribution devient un enjeu idéologique
Les Réseaux sociaux et l’IA 

ARTICLES PÉDAGOGIQUES
Analyse d’extrait de Passengers (2016) : Masculinité et technologie dans le cinéma américain
Le Montage  – Analyse de “l’effet  Koulechov”
La Musique
Analyse d’extraits : Le Triomphe de la volonté de Leni Riefenstahl
Analyse d’une œuvre : 1984 de George Orwell adapté par Michael Radford 
Les procédés de la propagande

Retour en haut