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Comment représenter un jeune garçon empêché dans ses émotions, mais aussi dans son corps ? En racontant son histoire personnelle et celle d’une partie des gens qu’il a côtoyés dans son enfance, le réalisateur Louis Clichy y répond. Avec son premier long-métrage, cet ancien animateur de Pixar (Wall-E et Là-haut) et co-réalisateur, avec Alexandre Astier, des deux Astérix (2014 et 2018), met en scène un territoire qui lui tient particulièrement à cœur : celui de son enfance.
Nous suivons Christophe, 11 ans, qui grandit avec ses parents, agriculteurs dans la Beauce, cette campagne française plate et très productiviste. Un jour, son monde s’effondre : il doit porter un corset pour se tenir droit. Dans cette famille où l’on ne dit rien, il explose.
Pourquoi voir le film ?
Pour son histoire familiale et universelle
L’un des points forts du long-métrage est de montrer les non-dits, l’impossibilité de communiquer autrement que sur les problèmes liés à la vie de la ferme — et encore, pas tous, seulement ceux qui peuvent être rapidement réglés. Louis Clichy parle à la fois des difficultés, mais aussi des moments de vie familiale et de la transmission entre les générations. Sans concentrer l’entièreté du récit autour des agriculteurs et de leurs problèmes, il aborde en arrière-plan l’industrialisation de l’agriculture, qui a touché de nombreuses fermes après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à la fin des années 1980. Il est important de parler de cette histoire nationale sans pathos ni exagération.
Le cinéaste parle surtout du manque de communication et des problèmes qu’il peut engendrer, au sein du cercle familial d’abord, mais aussi à l’extérieur. Christophe n’a personne autour de lui pour lui expliquer la tristesse, le dégoût et même la colère. Alors, quand quelque chose va mal, on tape du poing sur la table et on part. On quitte la scène pour ne pas avoir à montrer autre chose qu’un visage fermé.
Face à cela, le jeune héros développe un superpouvoir : lorsque sa colère devient trop forte, le monde se renverse, sens dessus dessous. Christophe ne quitte pas la pièce et ne reste pas enfermé dans sa colère : il regarde le monde autour de lui et évolue. Cette évolution est bénéfique pour toute la famille. Le Corset met en scène des relations touchantes entre un père et son fils, qui apprennent peu à peu à s’apprivoiser.
Pour son sujet autour du handicap
En ne se tenant pas droit et en tombant régulièrement, Christophe devient différent des autres garçons de son âge. Il devient une anomalie dans le système familial. Sa mère décide d’agir et de trouver une solution, là où le père lâche l’affaire et préfère s’éloigner.
Christophe se sent bloqué dans son corps qui change, alors qu’il passe de l’enfance à l’adolescence, sans pouvoir bouger comme tout le monde. Il est de travers et gêne, tout en étant lui-même gêné.
La beauté du film vient du fait que cette gêne peut devenir parfois une force. Son handicap, qui l’empêche d’être à l’aise à différents moments de sa vie, devient aussi une occasion de ressentir les choses avec plus d’intensité, de comprendre et de grandir différemment.
Si son père l’empêche de partager son métier comme il l’a fait avec son grand frère, Christophe se trouve un nouvel échappatoire : l’orgue. Cet instrument mystérieux devient un point de repère, une occasion de briller et de s’intégrer. L’organiste, Michel, le prend sous son aile et lui montre que l’on peut aussi adapter le monde à son handicap. Alors Christophe continue d’évoluer.
Il y a également Clara, son alter ego, qu’il rencontre à la piscine. Un peu plus âgée et plus dégourdie, cette adolescente va s’attacher à lui et l’aider à s’accepter tel qu’il est. Ensemble, iels vont vivre une fin d’enfance presque joyeuse, déjà un peu adulte. Et l’amour qui naît entre elle et lui les font décoller, littéralement.
Pour la mise en scène
Le dessin est fidèle aux paysages plats de la Beauce, à ses fermes carrées et isolées et à ses lignes à haute tension. L’aquarelle ajoute de la poésie à ces horizons droits, souvent peu représentés au cinéma. En animation traditionnelle, le trait offre à la fois la délicatesse des expressions et une certaine légèreté, sans chercher à détailler chaque instant. Il accompagne les émotions qui traversent tout le film : la colère, la tristesse, le bonheur parfois, mais aussi la découverte de nouvelles expériences.
Pour accompagner le dessin, la musique et les voix ont été essentielles au réalisateur afin d’exprimer pleinement ce qu’il voulait faire passer à l’écran. Les personnages sont interprétés par des personnes de la Beauce, notamment des agriculteurs, pour préserver l’authenticité de leur parler sans tomber dans la caricature. Pour certains rôles, comme JB, le frère de Christophe, dont la partition est plus difficile à jouer (Rod Paradot), ou encore ceux de l’organiste et de Clara, incarnés par des comédien·nes professionnel·les, ce sont des acteurs et actrices qui leur donnent vie : Alexandre Astier, Brune Moulin et Jean-Pascal Zadi.
La musique occupe également une place particulière puisqu’elle est uniquement intradiégétique, c’est-à-dire entendue par les personnages. Les moments de silence sont, eux aussi, essentiels pour entrer dans l’intimité des protagonistes. C’est pourquoi le choix des musiques est important : elles permettent à la fois de situer l’action dans les années 1980 et de susciter des émotions.
Le choix de l’orgue est également intéressant, car cet instrument, présent dans presque tous les villages de France, est accessible, mais souvent laissé de côté. Sa musique est puissante, et le Requiem en ré mineur de Gabriel Fauré permet de se rapprocher au plus près des sensations des personnages.
Et puis, vous repartirez avec Comme un ouragan de Stéphanie de Monaco en tête. Et cela vous fera le plus grand bien !
Marine Moutot
Le Corset
Réalisé par Louis Clichy
Avec les voix de Gary Clichy, Rod Paradot, Brune Moulin
Animation, Comédie dramatique, France, Belgique, 1h30
KMBO
Sortie le 14 octobre 2026
Dès 7 ans
