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Olivia aborde avec justesse les angoisses que peuvent ressentir les enfants quand leurs parents n’arrivent plus à supporter le quotidien. À 12 ans, la jeune héroïne voit son monde se fissurer quand l’appartement, dans lequel elle vit avec son jeune frère, Tim, et sa mère, Ingrid, est saisi. Elle se retrouve alors sans rien, dans un nouveau quartier et dans un logement vide (sans électricité, ni meubles). Elle utilise alors son imagination pour surmonter les difficultés et sauver son frère des angoisses qui la saisissent.
Présenté au Festival international du film d’animation d’Annecy en juin dernier, le long-métrage d’Irene Iborra est un récit à hauteur d’enfant. Il est adapté du roman La Vie est un film de Maite Carranza, qui a écrit de nombreux ouvrages et romans à destination du jeune public pour leur parler de sujets graves et sérieux. La cinéaste espagnole utilise la stop motion pour créer un espace bienveillant face aux thèmes que le récit aborde, tant pour les adultes que pour les enfants (à partir de 8 ans).
Pourquoi voir le film ?
Un récit dur à hauteur d’enfant
La cinéaste, comme l’autrice du roman, utilise des codes accessibles pour s’adresser à un public jeune. Le livre est tiré de témoignages d’une école où les enseignant-es ont décidé d’ouvrir les portes aux enfants dont les parents ne pouvaient pas s’occuper d’eux. Émouvant, le roman a évoqué sa propre enfance à la réalisatrice, qui a voulu faire de ce film un univers coloré où, plus que la pauvreté et la stigmatisation, ce sont la solidarité et les amitiés qui priment.
Quand Olivia et Tim arrivent dans leur nouveau quartier, tout leur semble hostile et pourtant, très vite, iels se font des ami-es et éprouvent le sentiment d’avoir trouvé une nouvelle famille. Le récit outrepasse les préjugés et les stigmates. En effet, les deux enfants se créent une maison à partir de pas grand-chose, et surtout grâce à l’aide de Lamine et Vanessa, leurs nouveaux ami-es. L’histoire invite ainsi à questionner notre rapport aux autres et la manière dont nous les percevons.
Le film aborde également le sujet difficile de la dépression, tant parentale que celle des enfants. En effet, suite à la perte de leur appartement et de la plupart de leurs affaires, Ingrid n’arrive bientôt plus à affronter le quotidien et s’enferme dans sa chambre. La jeune Olivia se sent seule dans une situation impossible. Elle voit alors son monde s’écrouler. Dans des moments d’angoisse, le sol se fissure et, si personne ne la rassure, elle sombre. En l’abordant de cette manière, avec finesse et émotion, le film met en avant un sujet dont on ne parle jamais. Et comme l’écrit si bien Maite Carranza au début de son roman :
“Olivia a découvert que les tremblements de terre ne se produisaient pas uniquement dans les villes […] Non ! Elle sait désormais qu’il existe aussi des séismes personnels qui affectent de nombreuses familles, mais ils restent enfouis dans les foyers et on n’en est jamais informés. Clairement, ce sont des nouvelles qui n’intéressent personne.”
Une animation aboutie
L’univers d’Olivia est un monde coloré et vivant. Malgré les épreuves dures, la vie reste ce qu’il y a de plus important. En choisissant l’animation en volume (ou stop motion), la réalisatrice et ses équipes ont créé des personnages palpables. Tout en favorisant l’identification, l’utilisation de cette technique permet de créer un espace où les enfants peuvent prendre du recul face à ce qu’iels voient à l’écran.
De plus, les marionnettes ont des textures rassurantes : les tissus pour les vêtements, la laine des cheveux. Ce sont des éléments qui existent hors du film et auxquels les plus jeunes peuvent s’accrocher. C’est aussi une technique qui demande un savoir-faire et un temps plus long que l’animation par ordinateur. Chaque séquence, chaque image est réfléchie. En moyenne, un studio parvient à réaliser quelques secondes de film par jour. Cela offre ainsi un film riche, non seulement en émotions, mais aussi en matière et en couleurs.
Un hymne au cinéma et au pouvoir de l’imagination
Pour échapper à son quotidien et protéger son jeune frère, Olivia invente un tournage secret dans lequel leur mère jouerait. Ainsi, tout ce qui se passe autour d’elle et de son frère devient un élément nécessaire à la fabrication d’un film. Elle fait appel à l’imagination de Tim, mais surtout à la sienne. À travers ce procédé, le film rend hommage au cinéma et au pouvoir des histoires. C’est grâce à leur mère qui leur racontait souvent des récits épiques. C’est de cette manière qu’elle les rassure au début du film, quand leurs affaires leur sont confisquées. Elle raconte alors l’épopée d’une baleine. Avec une simple bougie et ses paroles, les enfants ouvrent grand les yeux et les formes prennent vie. D’ailleurs cet animal marin, qui sera un élément clé pour Olivia, symbolise à la fois la renaissance et la sagesse, mais elle fait le lien entre le connu et l’invisible. Ce n’est pas anodin que sa mère ait choisi d’en conter les aventures.
Ce n’est pas anodin non plus que la cinéaste ait fait le choix d’intégrer des moments chantés dans le récit. En effet, pour réinventer leur quotidien, Olivia, Tim, Lamine, Vanessa et son petit frère chantent et dansent comme dans une comédie musicale improvisée. Ces instants suspendus permettent aux enfants de transformer la peur en jeu et la précarité en élan collectif, faisant du chant et du mouvement un véritable refuge émotionnel.
Olivia est un film délicat et profondément humain, qui parvient à parler de pauvreté, de dépression et de peur sans jamais écraser son jeune public. En faisant le choix de l’animation en volume et du point de vue des enfants, Irene Iborra offre un récit sensible où l’imagination devient une force de survie. Un film nécessaire, doux et politique à la fois, qui rappelle que, même dans les situations les plus précaires, la solidarité et les histoires peuvent réparer beaucoup de choses.
Pour aller plus loin, je vous conseille :
Ma vie de courgette de Claude Barras qui aborde lui aussi des sujets sensibles à hauteur d’enfant.
De lire les différents ouvrages de Maite Carranza. D’ailleurs, le livre dont est tiré Olivia vient de sortir en librairie. L’occasion de découvrir le roman d’origine.
Marine Moutot
Olivia
Réalisé par Irene Iborra
Drame, Espagne, France, Belgique, Chilli, 1h11
Little KMBO
Sortie le 21 janvier 2026
