[CINÉMA] Les Dimanches

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Les Dimanches raconte l’histoire d’une jeune adolescente de 17 ans, Ainara, qui annonce à sa famille vouloir rentrer dans les ordres et devenir religieuse. L’équilibre fragile autour d’elle vacille et remet en question les fondements de chacun-e. Avec pertinence et justesse, le film critique la manière dont l’Espagne laisse la religion s’immiscer auprès des plus jeunes. Failles, croyances et foi sont interrogées.

Le second film de la réalisatrice espagnole Alauda Ruiz de Azúa a remporté de nombreux prix : la Coquille d’or au 73e Festival international du film de Saint-Sébastien, l’Antigone d’Or au 47e Cinemed à Montpellier et est en lice pour 13 prix aux Goya (les César espagnols).

Pourquoi voir le film ?

L’Absence du Père

Quand Ainara annonce son désir de partir faire une formation de plusieurs semaines au couvent, le père n’a pas forcément de réaction. Très vite, pourtant, quand il réalise que cela ne lui coûtera pas d’argent, il prend conscience de la facilité que sera son aînée pour lui. Endetté par l’ouverture d’un restaurant, il n’accorde pas d’importance au désir de sa fille. Son attitude change directement quand on lui annonce que cela ne lui coûtera rien si sa fille rentre au couvent.

Le film interroge la place du père et de la famille dans le choix de cette adolescente. Sans donner de réponse claire, laissant aux spectateur-trices le soin d’interpréter, la mort de la mère — dont on parle à demi-mot et qui était atteinte de troubles psychiques — et l’absence du père sont des pertes de repères. La question de l’endoctrinement de la jeune femme, sensible et touchée par la religion, est ainsi inévitable. Les réactions de la Mère supérieure du couvent sont également révélatrices, tout comme les confidences qu’Ainara fait à son guide spirituel, un jeune homme qui l’incite à voir les choses selon Dieu et la religion. Leur manière de lui parler, en allant dans un questionnement axé sur les préceptes catholiques, ne manque pas d’alerter.

Si la cinéaste a grandi à une époque où la religion était très liée à la dictature, car l’Église a joué un rôle majeur dans le franquisme, aujourd’hui le catholicisme est vu de manière différente. Si moins de jeunes gens vont à la messe, le cinéma et la culture espagnols ont tendance à glorifier le culte et les éléments religieux. Dans Les Dimanches, rien n’est glorifié ou majestueux. Tout est contenu dans le quotidien. Il n’y a pas d’épiphanie ni d’éléments surnaturels, la cinéaste fait le choix, au contraire, de rester sobre. La foi est un élément intérieur, une conviction personnelle et non une manifestation extérieure. Ici, l’absence d’un père est remplacé par un autre, qui ne peut pas faillir tant que l’on croit en lui.

Remise en question de la foi

La cinéaste pose un regard critique sur la situation de la religion en Espagne. L’Église est omniprésente dans toutes les strates de la vie. Ce sont les dimanches à l’église, l’importance de la communion, mais aussi l’éducation, où les enfants et adolescents sont envoyés dans des écoles privées tenues par des sœurs. Si le personnage de la tante Maite regarde cela d’un œil amusé, elle comprend vite que l’influence des personnes qui ont éduqué la jeune Ainara a joué un rôle essentiel dans sa foi.

Maite (incarnée par l’excellente Patricia López Arnaiz) interroge rapidement la question de la foi de la jeune fille et elle veut lui faire vivre d’autres expériences et d’autres choses avant d’entrer au couvent. Contrairement au père, qui se révèle absent et inconsistant, elle tente et se débat pour comprendre ce qui peut bien se passer dans la tête de sa nièce. Loin d’être parfaite — que ce soit dans son propre mariage ou dans sa vie plus généralement — elle reste combative et disponible. Son regard est celui d’une enquêtrice. Ses choix sont peut-être maladroits ou mauvais, mais jamais elle ne peut se contenter qu’Ainara disparaisse de sa vie et entre au couvent.

En refusant tout spectaculaire et tout jugement frontal, Les Dimanches explore avec finesse la frontière fragile entre foi sincère et influence. Le film ne condamne pas la religion, mais interroge les mécanismes qui façonnent une vocation si jeune. À travers le regard d’Ainara et l’inquiétude de ceux qui l’aiment, Alauda Ruiz de Azúa filme moins un choix spirituel qu’un besoin d’absolu, de cadre et de consolation. Et pose, en creux, une question troublante : à 17 ans, peut-on vraiment distinguer la foi du réconfort ?

Point d’histoire : La religion en Espagne
“En faisant le film, j’ai mieux compris que, dans l’intime, la religion peut être un immense réconfort pour beaucoup de personnes, et j’ai du mal à nier cela ou à en minimiser la portée. En revanche, le versant institutionnel, éducatif et social, surtout lorsqu’il implique des mineurs, me met très mal à l’aise : où se situe alors leur liberté religieuse? où est passé l’État laïque ? comment éviter l’endoctrinement quand des modèles éducatifs entiers sont construits sur le dogme? Que des mineurs abordent avec des adultes des sujets très sensibles dans un climat de grand secret soulève pour moi énormément de questions. Ce regard critique traverse le film. Une chose est ce que chacun croit chez soi. C’en est une autre, très différente, lorsqu’on parle de pouvoir, d’éducation, de mineurs et d’institutions.”
Alauda Ruiz de Azúa, tiré du dossier de presse du film

Marine Moutot

Les Dimanches
Réalisé par Alauda Ruiz de Azúa
Avec Patricia López Arnaiz, Miguel Garcés, Juan Minujín
Drame, Espagne, France, 1h58
Le Pacte
Sorti le 11 février 2026

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