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Découvert au festival international du film d’animation d’Annecy, Les Contes du pommier marque par son animation et son inventivité. Le film a été réalisé à huit mains par des cinéastes venus de France, de République Tchèque, de Slovénie et de Slovaquie. Adapté des nouvelles de l’écrivain tchèque Arnošt Goldflam – qui ressemble au grand-père dans le film -, le récit aborde des sujets souvent considérés comme tabous pour les enfants : la mort, la vieillesse ou encore les conflits familiaux. Ce sont pourtant des réalités qui font partie du quotidien.
Suzanne, une enfant de huit ans, rend visite avec ses deux frères son grand-père à la suite de la disparition de leur grand-mère. La vieille dame aimait leur conter des histoires à partir de trois ingrédients et pas un de plus. Alors que chacun·e réagit à sa manière pour affronter le deuil, Suzanne a l’idée de raconter trois histoires pour redonner goût à la vie à sa famille.
Pourquoi voir le film ?
Pour nourrir l’imagination des enfants
Il est parfois difficile d’affronter la vie quand on est adulte, alors pour un·e enfant, cela peut s’avérer impossible. Chacun·e a des réactions différentes et il faut parfois trouver du réconfort hors de la réalité. C’est ce que cherche à faire la jeune Suzanne en reprenant le concept des histoires de sa grand-mère.
À partir d’un parapluie, d’un petit chat et de policiers, elle invente une histoire d’enfants orphelins dont les parents ont mystérieusement disparu. Cette histoire s’adresse à son jeune frère Tom, qui n’a pas compris que leur grand-mère ne reviendrait pas et est profondément triste. Pour sa deuxième histoire, mêlant forêt hantée, une bête monstrueuse et un trognon de pomme, elle s’adresse à Derek, qui se renferme et perd confiance en lui. Ici, l’aventure est au rendez-vous ! Pour la dernière histoire, qu’elle destine à son grand-père, incapable de se remettre de la mort de sa femme, elle utilise un oiseau aux couleurs chatoyantes, une couronne et des pantoufles. Elle y raconte l’histoire d’un veuf qui a perdu goût à la vie et découvre qu’il peut voler !
Le film rend hommage aux histoires que l’on se transmet oralement. Le récit montre la chaleur et l’humanité qui émergent de ces moments suspendus dans le temps. Au fur et à mesure, chacun·e s’investit un peu plus dans la narration des contes, jusqu’à ce que le grand-père reconstruise une lanterne magique, qui rappelle également le praxinoscope – puisqu’elle tourne. Cet outil de pré-cinéma permet de projeter des images sur les murs et de les animer manuellement. Chargé de magie, cet objet féerique leur permet de revivre en grand des souvenirs familiaux. Empreint de bienveillance, le long-métrage invite à un peu de gaieté malgré les difficultés de la vie.
Pour l‘animation
Les Contes du pommier s’appuient sur la technique de l’animation en volume, plus connue sous le nom de stop motion. Cette méthode exigeante consiste à animer des marionnettes image par image, en capturant chaque mouvement à la manière d’une photographie. Le résultat donne une matière tangible et des personnages d’une présence presque palpable. L’éclairage, soigneusement travaillé, y joue un rôle central : les teintes chaudes et automnales, à la fois superbes et nostalgiques, créent une atmosphère unique dans chaque récit.
Au fil des histoires, la lumière s’intensifie, renforçant l’immersion et l’émotion des spectateur·trices. En effet, si le premier conte se déroule surtout la nuit et dans une ville assez grise, le deuxième prend place en forêt et utilise beaucoup de couleurs et de teintes chatoyantes. Ce contraste ressort dans le dernier récit, où la multitude d’oiseaux aux couleurs vives envahit l’écran, tout comme la forêt tropicale.
Ode à la résilience, à la créativité et à la transmission, Les Contes du pommier mêle avec délicatesse des thèmes universels comme le deuil, la famille et l’imaginaire. Le film rappelle que les histoires, qu’elles soient contées ou animées, ont le pouvoir de guérir et de rassembler. Grâce à la stop motion, chaque détail devient concret, chaque émotion plus intense, et chaque conte une porte ouverte vers l’espoir. Une œuvre tendre et nécessaire, qui parle aux enfants comme aux adultes, et qui prouve que la magie du cinéma réside aussi dans sa capacité à transformer la douleur en lumière.
Marine Moutot
Les Contes du pommier
Réalisé par Jean-Claude Rozec, Patrick PaŠŠ, David Súkup, Leon Vidmar
Fantastique, Aventure, Drame, Slovaquie, Slovénie, République tchèque, France, 1h10
Gebeka Films
Sorti le 8 avril 2026
À partir de 8 ans
