[CINÉMA] The Mad Dog of Europe

Image d'un journal titrant "Germany Bans "Mank""

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Le cinéma, média capable de dépasser les frontières, a toujours été une arme de propagande et d’information. Hollywood l’a toujours compris, tout comme le régime nazi. Ainsi, en 1932, le scénariste américain Herman J. Mankiewicz écrit The Mad Dog of Europe, où il dénonce la montée du nazisme et la menace hitlérienne.

Le documentaire de la réalisatrice Rubika Shah, connue notamment pour The White Riot, revient sur l’échec de la production de ce scénario. Sous une forme assez classique, alliant documents d’archives et interviews de Nick Davis et Ben Mankiewicz, deux petits-fils du scénariste, elle montre comment les enjeux politiques ont toujours existé et réalise un film qui résonne fortement avec notre époque.

Pourquoi voir le film ? 

Censure et politique
Parmi les films censurés de cette époque, The Mad Dog of Europe est un cas particulièrement intéressant. En raison de son sujet et du contexte entre Hollywood et l’Allemagne désormais nazie, cet abandon reflète les tensions et l’aboutissement d’un isolationnisme politique des États-Unis.

Le documentaire explique clairement les différents facteurs. D’abord, les pressions diplomatiques que l’Allemagne nazie faisait peser sur les studios. Ensuite, et surtout, le risque de perdre le marché allemand – très lucratif – si un scénario ou un projet critiquait le nouveau régime et Hitler. Enfin, la Motion Picture Association of America (MPAA), et son célèbre Code Hays, a fortement critiqué la production du film, arguant que le projet donnait une vision négative de l’industrie cinématographique américaine.

Plusieurs autres films ont été censurés pour des raisons similaires – même si aucun n’avait la puissance visionnaire du scénario du père de Citizen Kane. The Road Back (1937) de James Whale, qui se déroule après À l’Ouest, rien de nouveau, y expose la montée du nazisme. Le consul allemand demande de nombreuses coupes, veillant à faire disparaître toute critique du régime nazi ainsi que toute référence à la violence antisémite. Le studio Universal accepte, et The Road Back sort dans une version « épurée » qui rend le film lisse et édulcoré. Three Comrades (1938) de Frank Borzage, adaptation du roman d’Erich Maria Remarque, se concentre, après la censure du consul allemand, uniquement sur les histoires d’amitié et d’amour, toute référence à la montée du nazisme ayant été supprimée. Si des films comme Le Dictateur (1940) de Charlie Chaplin ou Les Aveux d’un espion nazi (1939) d’Anatole Litvak ont pu sortir sans être censurés, c’est que l’Europe était entrée en guerre et que les États-Unis allaient bientôt suivre.

Le scénario de Mankiewicz, qui dénonçait à la fois la persécution des Juifs et les dangers du totalitarisme, était trop visionnaire pour son époque : ce n’est qu’en 1941, après l’entrée en guerre des États-Unis, qu’une pâle copie en fut produite.

Machination interne : comment le nazisme a infiltré Hollywood
Le sous-titre du film, « Comment le nazisme a infiltré Hollywood », fait référence à un personnage central de la censure subie par les artistes de l’industrie cinématographique. Il s’agit du consul allemand, George Gyssling, en poste à Los Angeles de 1933 à 1941. Le « consul d’Hollywood » a veillé à ce qu’aucun film américain ne présente l’Allemagne et le régime nazi sous un jour négatif. Il avait une telle influence que les dirigeants des différents studios l’invitaient à visionner les films avant leur sortie. Il pouvait ainsi demander des coupes ou des modifications. Sa principale tactique reposait sur l’aspect économique : le marché allemand était alors très lucratif.

Le documentaire expose ainsi la proximité de l’ambassade allemande avec les studios, mais aussi le silence sur le totalitarisme face au pouvoir de l’argent. Ce sujet est d’autant plus d’actualité que, partout dans le monde, y compris aux États-Unis, des régimes totalitaires font pression sur le cinéma. Le soft power du cinéma est une arme redoutable qui peut permettre de diffuser des idées. Et les gouvernements fascistes l’ont compris depuis longtemps.

Pour aller plus loin, je vous conseille : 
La vidéo de Bolchegeek autour du rachat de Warner Bros sur Paramount, une belle manière de montrer que les magouilles en œuvre dans les années 1930-1940 sont encore belles et biens d’actualité.

Marine Moutot

The Mad Dog of Europe
Réalisé par Rubika Shah
Documentaire, Allemagne, France, 1h23
The Jokers Films
Sorti le 15 avril 2026

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