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Les deux réalisateurs français, Éric Toledano et Olivier Nakache, se retrouvent pour leur neuvième collaboration – après des films comme Nos jours heureux, Intouchables, Hors normes ou encore Le Sens de la fête. Pour ce nouveau long-métrage qu’ils ont coécrit et coréalisé, ils s’inspirent de leur adolescence dans les années 1980. En plus de leurs souvenirs et avec l’aide d’une documentaliste, ils ont écumé de nombreux journaux télévisés, documentaires, émissions de variétés, magazines et écouté des émissions de radio pour retranscrire au plus près cette époque. Le duo rend hommage à cette période, mais aussi aux artistes et cinéastes qui ont marqué leur enfance.
Entre références et humour, Juste une illusion est une pépite du cinéma, réussissant à toucher avec des personnages à la fois drôles et sérieux, mais aussi par la mise en scène des moments du quotidien. Touchant et énergique, c’est sans doute leur meilleur film.
Pourquoi voir le film ?
Toute une époque
Les années 1980 sont une période où tout semblait encore possible, mais où le chômage et une remise en question forte des Trente Glorieuses commencent à se faire sentir. C’est aussi une remise en cause de la figure du père et de l’autorité naturelle des hommes, que Louis Garrel incarne avec une fragilité et une cocasserie sérieuse. Dès l’ouverture du film, nous sommes baignés dans l’ambiance fiévreuse de cette époque et même celles et ceux qui n’ont pas vécu ces années-là y reconnaissent avec une certaine familiarité les musiques, les habits et les lieux. Mais plus que la nostalgie, les deux cinéastes proposent de regarder une France qui interroge ses origines, ses mélanges et sa diversité. C’est l’air de la jeunesse face aux vieux réacs, c’est l’insolence de l’enfance face aux problèmes des adultes. En effet, le point de vue principal du film est celui de Vincent, 13 ans. Alors que ses parents le pensent en plein questionnement existentiel, il essaie surtout de se faire remarquer par Anne-Karine, de survivre à son grand frère – Alexis Rosenstiehl, excellent, vu récemment dans Ceux qui comptent –, et de regarder un film pornographique avec ses amis.
La mise en scène rend aussi hommage aux films des années 1960, jeunesse de leurs parents. D’ailleurs, le long-métrage est dédié aux pères des cinéastes. Avec beaucoup de drôlerie et de douceur, Un homme et une femme de Claude Lelouch sert de leitmotiv au récit et à la mise en scène. Entre citations, musique iconique et visionnage forcé, cette œuvre permet de faire le lien entre les enfants et les parents. Juste une illusion est ainsi une histoire de transmission entre les générations.
La bande son
Les années 1980 sont représentées le plus souvent par leur musique, qui est restée dans notre imaginaire collectif ! Des rythmes, des paroles, des chansons qui résonnent et nous font encore bouger aujourd’hui. Dès l’ouverture, le film nous emporte et nous ne redescendons sur terre qu’à la fin. Les références s’enchaînent, les airs entêtants se remplacent les uns les autres.
Dans une séquence iconique, Camille Cottin, magnifique en mère qui tient à bout de bras la famille, vibre au son de I Wanna Feel You. Tournée en une seule prise, cette scène est vibrante d’authenticité et de partage. Un moment fort et vrai, puisque l’actrice n’était pas au courant que Louis Garrel arriverait pour danser avec elle. On voit sous nos yeux une alchimie à la fois entre les deux parents, mais aussi entre les deux comédien·nes qui s’amusent autant qu’ils se lâchent. L’une des plus belles séquences du film.
La justesse du ton
Si Juste une illusion est si juste dans son propos, c’est sans doute parce que les réalisateurs considèrent que c’est leur film le plus personnel. Ils offrent des moments forts aux comédien·nes, sans oublier une pointe de légèreté qui caractérise leur cinéma.
Les expressions faciales et les mimiques de Louis Garrel parlent bien plus que les mots. Impossible de ne pas comprendre la détresse du père face à ses fils qui grandissent, mais aussi face au chômage qui le touche. Impossible également de ne pas être touché·e par Simon Boublil qui incarne Vincent pour son premier rôle au cinéma. Il parvient à être touchant, drôle et sincère en incarnant cet adolescent à la fois naïf et déjà grand. En face, Pierre Lottin est excellent en gardien d’immeuble proche des gens et sans jugement. Camille Cottin et Alexis Rosenstiehl complètent la magie de cette famille, unique et pourtant universelle. Un casting, une mise en scène et des musiques rendent ce film parfait à tout point de vue.
Les deux cinéastes montrent que la famille est plus importante que tout, malgré les désaccords et les différences. Elle nous fait grandir, nous apprend à nous construire, que ce soit en opposition ou avec les mêmes valeurs. Juste une illusion est un hymne à toute forme d’amour.
Pour aller plus loin, je vous conseille :
De plonger dans n’importe quelle playlist de musiques des années 1980.
Marine Moutot
Juste une illusion
Réalisé par Olivier Nakache et Eric Toledano
Avec Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin
Comédie dramatique, France, 1h56
Gaumont Distribution
Sorti le 15 avril 2026
