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Dès sa première réalisation Ratcatcher (1999), la cinéaste écossaise Lynne Ramsay a marqué le cinéma international par la puissance de sa mise en scène et son côté abrupt. Ses films We Need to Talk About Kevin (2011) et You Were Never Really Here (2017) abordent déjà de la maternité (et paternité) à travers des figures émotionnellement féroces. Ici, dans Die My Love, adapté du roman éponyme d’Ariana Harwicz, elle propose une histoire à la fois sensorielle et intime d’une femme venant d’accoucher. Incarnée par Jennifer Lawrence, qui se livre tout entière, Grace est une écrivaine en proie au syndrome de la page blanche. Face à la disparition de sa créativité, elle va essayer par tous les moyens de se retrouver. Elle doit réinventer une nouvelle manière d’être.
Présenté au Festival de Cannes 2025 en Sélection Officielle, Die My Love est un coup de poing qui déstabilise. Rien ne peut vous préparer à ce séisme.
Pourquoi voir le film ?
Pour le portrait saississant d’une femme en crise
Centré autour du point de vue de Grace, le film est un manifeste. La réalisatrice a souvent abordé des thématiques sombres autour de l’enfance et la maternité. Son héroïne ne vit pas seulement un moment de post-partum intense, c’est la perte de ses repères qui la brise : son mari absent et qui ne la comprend plus; son imagination et son incapacité d’écrire; et la disparition d’une part d’elle-même dans son enfant. Très vite, un désir sexuel la submerge. Elle a besoin de ressentir dans sa chair autre chose que la douleur.
Elle divague, elle grogne, elle rampe, elle rêve… Elle tente de trouver des solutions face à son isolement dans cette maison loin de tout, sans mari et sans inspiration. Elle brise les codes de la normalité, elle vit viscéralement son existence. Les traumatismes et la culpabilité sont aussi des vecteurs d’une profonde remise en question.
Lynne Ramsay propose une histoire d’amour qui se déchire. Jackson (Robert Pattinson) et Grace formaient un couple idéal où la tension sexuelle était aussi forte que leur folie. Puis il a disparu. Incapable de comprendre ce que ressent sa femme, il bat en retraite. Même si parfois il tente d’aider, l’incompréhension est plus forte. Il transpire la normalité d’un homme qui ne vit plus pour l’autre, mais pour fuir l’autre. Face à une Jennifer Lawrence survoltée, Robert Pattinson se fait discret, comme s’il n’avait plus assez de force pour lutter.
Pour sa mise en scène sensorielle
Pour illustrer la quête de survie de cette femme, la réalisatrice utilise une nouvelle fois une mise en scène très physique et puissante. Avec un rythme soutenu, le film dévoile la passion dévorante d’un couple qui aujourd’hui se détruit, mais aussi les fantasmes. Le grain de l’image donne une vision surannée à cette maison et l’environnement du couple. Cette histoire pourrait avoir lieu n’importe quand, n’importe où. Le directeur de la photographie, Seamus McGarvey, s’est inspiré de films d’horreur comme Répulsion (1965) ou encore Rosemary’s baby (1968) pour montrer toute l’ambiguïté de la situation dans laquelle se trouve Grace. Entre paranoïa et folie, elle sombre petit à petit, sans rien à s’accrocher à part le fantasme – ou la réalité – de ce mystérieux voisin avec qui elle ne parle pas. Cette silhouette fantasmagorique prend peu à peu forme quand Grace réalise qu’elle a besoin d’une présence charnelle pour supporter le vide de sa nouvelle existence.
En plus d’une mise en scène énergique, le long-métrage est porté par une bande musicale et sonore intense, qui cherche à nous faire vivre de l’intérieur les pensées de l’héroïne. Nous sommes porté.es par l’intimité de la jeune femme, par sa fougue.
La fin s’achève par la voix de la réalisatrice qui chante, avec plus de douceur, la chanson de Joy Division : Love Will Tear Us Apart. Même si l’amour existe toujours, il n’est plus une source de bonheur et de joie, mais bien de division et de souffrance. Quelque chose à changer dans ce couple et plus rien ne sera plus jamais pareil. Die My Love laisse un goût amer après la projection, pourtant il colle à la peau tellement il est sensoriel et puissant.
Marine Moutot
Die My Love
Réalisé par Lynne Ramsay
Avec Jennifer Lawrence, Robert Pattinson, Sissy Spacek, LaKeith Stanfield
Drame, États-Unis, 1h59
Bac Films
Sorti le 29 avril 2026
