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Le cinéma est souvent une arme cathartique qui permet d’explorer les traumatismes autour d’une histoire vécue personnellement. C’est un recul nécessaire pour regarder sa vie. Pour son premier long-métrage, la réalisatrice française Catherine Cosme décide d’aborder le surendettement de sa mère à travers le récit de Lucile, photographe réputée qui vient au chevet de sa mère mourante. Elle découvre avec effarement que sa mère a contracté de nombreux petits crédits et a même usurpé son identité pour contracter un crédit plus conséquent. Un engrenage qui se dévoile peu à peu… mais le temps presse pour régler cette affaire d’argent.
Avec humour et tendresse, la cinéaste dessine le portrait d’une famille aux caractères opposés qui va devoir faire face à une réalité difficile. Entre un père lunatique, une mère qui gérait tout, la sœur et le frère vont apprendre à faire front commun.
Pourquoi voir le film ?
Pour la délicatesse de la mise en scène
Le film raconte le cheminement intérieur d’une femme, incarnée par Vimala Pons, dont le visage exprime toutes les émotions que traverse Lucile. Malgré un budget modeste, Sauvons les meubles transpire la joie collective d’avoir réalisé un film avec peu de moyens. Un côté bric-à-brac et un air de vacances font du long-métrage une œuvre lumineuse baignée de soleil. Les couleurs chaudes du Sud de la France entrent en contraste avec l’atmosphère étouffante de la maison familiale. La réalisatrice et la directrice de la photographie, Caroline Guimbal, ont travaillé ensemble pour que la chambre maternelle, malgré les objets colorés, possède une ambiance lourde et feutrée. C’est ici, dans cet endroit, que Lucile doit apprendre à comprendre sa mère ou, au moins, à faire la paix.
De plus, la mise en scène joue sur un contraste au début du film : l’épuration de l’artiste photographe que représente Lucile, en opposition avec son village natal et la maison chargée de souvenirs. Tout au long de Sauvons les meubles, c’est cette dissonance qui va, petit à petit, diminuer et devenir un rapprochement sincère entre deux êtres : la mère et la fille.
Pour son sujet tabou
Parler d’argent en France reste encore un sujet que l’on aborde peu. Être pauvre est mal vu. La cinéaste a, en partie, vécu ce que Lucile vit dans le film, et c’est l’occasion pour elle de dire à sa mère tout ce qu’elle n’a jamais pu lui dire.
Dès l’ouverture du film, le récit s’inscrit dans une ligne politique claire : Benoît Hamon est photographié par Lucile. C’est un acteur politique qui défendait le revenu universel, et cela entre en résonance directement avec les crédits à la consommation, où des entreprises – gérées ou aiguillées par des banques – incitent à toujours en faire plus. C’est ce que découvrent Lucile et Paul (Yoann Zimmer) : l’histoire d’une mère qui, toute sa vie, a lutté pour garder la tête hors de l’eau afin que ses enfants ne manquent jamais de rien.
Cette femme a dû, toute sa vie, gérer seule les difficultés, aux côtés d’un mari fantasque et joueur, pour subvenir aux besoins de sa famille et de son commerce. C’était une solution qui lui semblait soutenable, et sans doute même la seule. Lucile doit comprendre et apprendre à pardonner à sa mère pour avancer émotionnellement.
Ce ne sont pas des problèmes d’argent ni de la gestion d’un budget dont avait besoin Colette (Guilaine Londez), mais d’une autre voie possible pour vivre dignement dans un monde où l’argent gouverne tout.
Marine Moutot
Sauvons les meubles
Réalisé par Catherine Cosme
Avec Vimala Pons, Yoann Zimmer, Guilaine Londez
Drame, France, Belgique, Suisse, 1h26
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Sorti le 6 mai 2026
