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Pourrais-tu, Léa, te présenter et nous décrire en quelques mots ton poste et tes missions ?
Léa Guyonneau : J’ai 28 ans et je travaille aux cinémas du Palais à Créteil, qui est une salle associative. L’association des Cinémas du Palais gère deux salles de cinéma, une salle de trois écrans (Le Palais) et un mono-écran (La Lucarne) également dans la ville de Créteil. Je suis animatrice jeune public de 18 mois à 12 ans environ. Je m’occupe à la fois de tout ce qui concerne les scolaires : dispositifs, séances à la carte et de monter des projets (dont les recherches de subventions). Je suis en charge également de la coordination du dispositif École et Cinéma dans le Val-de-Marne et du hors-temps scolaire avec les centres de loisirs sur des séances classiques, mais aussi sur des projets un peu plus poussés. Je programme plus généralement pour le public jusqu’à 12 ans. Cela consiste à choisir les films qui sont diffusés au Palais, et à travailler sur des propositions d’accompagnement.
Avec ma collègue, Juliette Monier, qui travaille sur le public 12-25 ans au cinéma du Palais, nous développons un projet d’éducation culturel axé sur le “voir et faire”. L’un des objectifs est de montrer les films en salle de cinéma. Nous cherchons à apporter, sur des présentations de séances ou lors de débats, des clés de lecture pour que les enfants développent un regard critique sur les films et appréhende du vocabulaire cinématographique.
Nous proposons des accompagnements pédagogiques ou de pratique artistique, que ce soit avec moi ou avec des intervenant.es extérieurs. Par exemple, des cinéastes ou des scénaristes avec qui nous travaillons aussi beaucoup autour de l’initiation à l’écriture scénaristique. L’idée est de travailler sur la découverte des métiers du cinéma. Donc de leur donner une caméra, de leur faire travailler sur l’écriture d’un scénario ou d’une scénette et de les mettre en pratique.
Pourrais-tu nous donner ton parcours pour devenir animatrice et coordinatrice Jeune Public dans un cinéma ?
Léa : J’ai commencé avec un bac cinéma audiovisuel que j’ai passé dans l’Essonne, où j’ai grandi. J’ai ensuite fait une licence cinéma à la Sorbonne-Nouvelle. Puis un master didactique des images, encore à Paris 3. Dans ce cadre-là, j’ai fait des stages. La première année, j’ai travaillé six mois au Forum des Images autour de l’accompagnement des projets pédagogiques et les séances Tout-Petits Cinéma, un festival de cinéma qui est organisé pour les très jeunes enfants chaque année. Sur la deuxième année, j’étais au cinéma Jacques Tati à Orsay, également sur le jeune public, mais c’était un poste un peu plus polyvalent. J’étais amenée à faire de la projection et de l’accueil public au sens large, même si je travaillais déjà avec les scolaires et les centres de loisirs.
Aux Cinémas du Palais, je peux vraiment me consacrer au Jeune Public, travailler davantage des projets sur le long terme et avoir une réelle relation de partenariat avec les enseignants et les centres de loisirs. Mais aussi avec les enfants qui me reconnaissent et m’interpellent dès qu’iels viennent au cinéma. C’est très révélateur de la relation de confiance que l’on développe avec nos spectateur.trices.
Est-ce que tu pourrais donner ta définition de la médiation jeune public ?
Léa : Déjà, je sais qu’il y a deux grandes écoles, je crois l’avoir défini dans mon mémoire de fin d’étude : on parle d’animateur/animatrice ou de médiateur/médiatrice. J’ai plus tendance à dire que je suis animatrice jeune public, mais les deux termes se substituent.
L’idée est de faire venir les enfants et le public en général dans les salles de cinéma — puisque les jeunes spectateurs sont les futurs spectateurs de demain —, de créer des habitudes de pratique de la salle et aussi de développer un regard critique sur une œuvre. Aujourd’hui, ils ont de plus en plus tendance à regarder du contenu seul.es chez eux, notamment avec la VOD, et donc il faut leur faire comprendre que regarder l’œuvre collectivement, ressentir des émotions ensemble, ça leur permet de voir le même film, mais de manière complètement différente.
J’aime travailler sur l’analyse filmique avec les enfants pour qu’iels se rendent compte qu’iels possèdent déjà toutes les clés de lecture de la scène, ou presque. Ensemble on apprend à les identifier et à les nommer. Et qu’en faisant cela, on change le ressenti des spectateur.trices. Il y a ce qu’iels ressentent à la première lecture, puis iels apprennent à regarder autrement car nous mettons des mots dessus.
Pourrais-tu nous donner des exemples de choses que tu mets en place pour le public hors temps scolaire ? Est-ce que tu as des actions que tu vas faire prochainement ou que tu as fait il n’y a pas très longtemps, que tu pourrais nous décrire, par exemple ?
Léa : Il n’y a pas longtemps pour le tout public, sur Amélie et la métaphysique des tubes, nous avons fait une rencontre avec le réalisateur, Liane-Cho Han, sur une avant-première en soirée. Cette séance était vraiment à destination des familles. Par ailleurs, pour les centres de loisirs et les familles, un mercredi après-midi, pendant l’exploitation d’Amélie et la métaphysique des tubes, j’ai proposé un atelier Affiche où les enfants ont appris à analyser les grandes lignes d’une affiche de film. Puis iels étaient invité.es à produire la leur. C’était un moment où ils pouvaient échanger avec les autres, même s’iels ne se connaissaient pas. Ce sont des moments de partage concrets.


Un peu plus simplement, pour les plus petits, je vais faire une avant-première de Shaun le mouton, la ferme en folie. J’ai fait un petit mémory autour du film et ensuite il y aura un goûter. Ce sera un moment plus convivial que pédagogique, mais qui leur permet de se remémorer le film et de garder un autre souvenir de la salle de cinéma.
Qu’est-ce qui t’intéresse le plus quand tu crées une animation? Est-ce que c’est de transmettre un savoir, que ce soit ludique, que les enfants s’amusent ?
Léa : C’est sûr que je préfère quand les enfants s’amusent, mais c’est vrai que j’ai plutôt tendance à faire de la pédagogie, tout en essayant de rendre ça ludique tout de même. Pour le mémory, par exemple, c’est une des premières animations où il y a pas de visée pédagogique dans l’atelier (ce sont des photogrammes des films des studios Aardman). Mais en même temps, ce sera les grandes vacances, une séance avec un public familial. Habituellement, je vais plutôt aller vers des animations pour développer les connaissances, les pratiques, le vocabulaire. C’est plutôt ma manière de travailler sur ce poste.
Est-ce que tu pourrais nous parler un peu plus de ce que tu mets en place pour les scolaires ?
Léa : Que ce soit sur les scolaires ou le hors temps scolaire, pour les groupes, je propose une programmation avec des films d’actualité. Donc l’idée, c’est de proposer un catalogue à nos partenaires avec des films récents. Parfois, je peux aussi proposer des reprises, si cela permet de répondre à leur demande concernant une ou des thématiques abordées en classe : écologie, harcèlement scolaire…
L’année dernière j’ai proposé à des enseignant.es, qui n’ont pas pu s’inscrire au dispositif École et cinéma, un parcours autour du cinéma d’animation. Les classes ont vu des films d’actualité et un film de patrimoine (Blanche-Neige, David Hand, 1939). Mais sinon, elles ont découvert Sauvages (Claude Barras, 2024), Maya donne-moi un titre (Michel Gondry, 2024) et Flow (Gints Zilbalodis, 2024) pour essayer d’avoir un panel d’animations différents. Ensuite, les élèves ont pu bénéficier d’ateliers en classe : créer une petite scénette en papier découpé ; travailler autour des jouets optiques… Les classes ont ainsi eu un projet complet sur l’année.
Est-ce que tu pourrais nous en parler un peu plus d’École et cinéma ? De plus, tu gères la coordination sur le Val-de-Marne. Est-ce que tu pourrais nous expliquer aussi quel est ton rôle ?
Léa : École et cinéma est un dispositif d’éducation aux images national porté par le CNC. L’idée est d’avoir des parcours de films, en général trois, c’est le cas sur notre département, à l’année, pour les élèves élémentaires. Il y a des déclinaisons pour les maternels, les collégiens, les lycéens et même les étudiants aujourd’hui. Les films sont sélectionnés dans un catalogue national, avec un accompagnement pédagogique proposé sur une plateforme spécifique (Nanouk).
Au niveau de la coordination du Val-de-Marne, je m’occupe à la fois de faire un plan de formation en lien avec les collègues de l’Éducation nationale (trois conseillères pédagogiques), proposé en début d’année pour les enseignant.es, afin de leur permettre d’accompagner au mieux les films tout au long de l’année. Nous proposons des ressources pédagogiques en complément de Nanouk sur d’autres plateformes, pour qu’iels aient des ressources clés en main : fiches à partager, podcasts, activités autour des films. Nous allons aussi créer au niveau du département des outils pédagogiques et valoriser les parcours avec des affiches distribuées aux classes participantes.
Chaque année, nous faisons appel à une illustratrice ou à un illustrateur qui va faire une affiche en lien avec les trois films proposés. Il y a trois films sur le cycle 2 (CP-CE1-CE2) et trois sur le cycle 3 (CM1-CM2). Pour aider les salles de cinéma quand ils accueillent les élèves, nous déclinons les affiches en carton (à projeter sur l’écran avant le film). Cette année, il y avait également des petits flyers et des coloriages pour les élèves.
Il faut aussi remonter les entrées et les informations à la coordination nationale et à la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles), ainsi que rédiger un bilan. Je fais le lien avec les salles au quotidien sur la réception des films et sur le déroulé des séances.
Dans le Val-de-Marne, le comité de programmation est composé de toutes les salles (25 actuellement), pour sélectionner les films. Nous considérons que c’est important de mobiliser les salles sur le choix des films pour qu’elles puissent davantage s’engager tout au long de l’année sur les films qu’elles ont défendu.
L’idée, c’est d’avoir un parcours exigeant avec des long-métrages à la fois de patrimoine, mais aussi une diversité de genres, de styles, d’époques et de pays très divers, pour que les élèves puissent avoir un panel large de ce que peut être le cinéma et découvrir des œuvres qu’ils n’auraient peut-être pas vues autrement.
Est-ce qu’il existe des outils qui peuvent aider les salles de cinéma au quotidien ? Par exemple, pour le contact avec les enseignants, les réservations de séance.
Léa : Effectivement, il y en a. Au cinéma du Palais, j’ai travaillé sur une plateforme : Ma Séance Ciné. Destinée à la fois aux salles de cinéma et aux enseignant.es pour réserver facilement des séances.
Pour les cinémas, Ma Séance Ciné a été construite comme un outil interne pour qu’ils puissent noter les réservations avec les groupes, que ça soit scolaire ou hors-temps scolaire; s’organiser sur les besoins techniques; sur la gestion des jauges et de l’agenda en général; faire des devis. C’est un outil qui permet de rassembler toutes les informations qu’on a besoin pour accueillir au mieux un groupe. La plateforme se veut vraiment transversale : de la salle de projection, en passant par la médiation et l’accueil des élèves au cinéma.
Et d’un autre côté, c’est aussi un outil pour servir aux enseignant.es et aux centres de loisirs qui ont accès à toute la programmation de leur cinéma, classée par niveau, mais aussi pour retrouver toutes les ressources pédagogiques autour des films.
Ainsi, cela permet de gagner en autonomie sur la réservation pour les groupes et de dégager du temps pour tout ce qui est suivi des projets et pour discuter de la programmation et de l’accompagnement.
Pour conclure, j’aimerais savoir, si dans les prochaines sorties jeunes publics qui vont arriver ou dans les sorties jeunes publics récentes, est-ce que tu as des films que tu conseillerais ? [L’entretien a été réalisé début juillet 2025]
Léa : Je recommande particulièrement Amélie et la métaphysique des tubes (sorti fin juin 2025), un film sur lequel nous avons beaucoup travaillé et que j’aimerais proposer aux scolaires dès la rentrée. Parmi les prochaines sorties, je pense surtout à Le Secret des mésanges, une pépite d’animation en papier découpé. Nous organiserons une avant-première en début d’année, suivie d’une rencontre avec le réalisateur, Antoine Lanciaux, à l’occasion de sa sortie en octobre 2025. Mon autre coup de cœur est Arco d’Ugo Bienvenu, un film qui m’a profondément touchée. Visuellement sublime, il aborde des thèmes difficiles avec poésie et espoir.


Propos recueillis par Marine Moutot début juillet 2025
