
Temps de lecture : 4 min
Chaque année, le Festival international du film de Cannes est un événement, et son film d’ouverture est attendu avec intérêt. L’année dernière, c’était la comédie musicale tendre et magnifique d’Amélie Bonnin, Partir un jour, avec Juliette Armanet et Bastien Bouillon. Avec La Vénus électrique, la comédie française de Pierre Salvadori, le festival s’annonce à la fois glamour et touchant. Les faux-semblants, la magie et l’amour ont ravi la Croisette. Anaïs Demoustier, Pio Marmaï (que le cinéaste retrouve après l’excellent En liberté !), Gilles Lellouche et Vimala Pons (vue récemment dans Sauvons les meubles) font de ce film une sulfureuse reconstitution des années folles.
La magnifique affiche art déco du film invite à une traversée dans le temps pour voir une œuvre qui a su manier l’ironie, l’humour et la tendresse avec beaucoup de justesse.
Pourquoi voir le film ?
Tout est une question de point de vue
En 1928, à Paris, un peintre, Antoine (Pio Marmaï), est dévasté par la morte de sa femme. Il ne peint plus et se laisse aller à l’alcool. Le film repose sur un cliché éculé : un homme dévasté par le chagrin et la mort d’une femme dont on ne connaît rien du tout. À l’aide du galeriste et ami Armand (Gilles Lellouche), une fausse voyante – modeste foraine qui se fait électriser tous les soirs – tombe peu à peu amoureuse de l’homme qu’elle trompe et qui se fait la voix de sa rivale. L’idée a été donnée au cinéaste par Rebecca Zlotowski lors du tournage de Planétarium en 2018, où il incarnait un réalisateur.
Pourtant, ici, les scénaristes Benjamin Charbit, Benoît Graffin et Pierre Salvadori changent de point de vue. Plutôt que de se concentrer sur un homme qui retrouve l’amour dans les bras d’une autre femme, c’est la connexion entre Suzanne (Anaïs Demoustier) – la fausse voyante – et Irène (Vimala Pons) – la femme morte – qui passionne et submerge d’une émotion sincère. Comme un roman de suspense, la vie de cette femme est dévoilée à Suzanne quand elle lit son journal intime pour trouver de l’inspiration pour ses fausses séances d’occultisme.
Le film nous montre avec plaisir ces années où Irène est une femme bien vivante, vibrante et passionnée, loin de l’image de la victime que son mari aurait trompée et détruite. Elle vit pour elle et pour l’art. Elle fait partie du processus de fabrication, elle est plus qu’une muse ou une inspiration : elle guide, elle aide, elle voit. L’écriture d’Irène, qui guide l’imagination de Suzanne – dont l’esprit fantasque se laisse emporter –, est plus magique que l’électricité qui traverse le corps de Vénus chaque soir. De plus, elle partage cette expérience avec Camille (Madeleine Baudot), sa camarade de roulotte, accentuant le lien de sororité entre ces trois femmes, qui se voient tour à tour comme soutien, poids, alliée et rivale.
La Vénus électrique offre un lien entre deux époques et deux femmes très différentes. Chacune a essayé, à sa manière, de sortir de la misère à laquelle la société les destinait.
Pour la reconstititution des années folles
L’histoire s’inscrit entièrement dans l’époque du Paris des années folles. La magie, la croyance et la voyance étaient des choses qui pouvaient encore sembler crédibles dans un monde où le cinéma n’existait que depuis peu et où le quotidien restait émerveillé par l’électricité et ses secrets. Pour recréer cette ambiance unique de l’entre-deux-guerres, Pierre Salvadori, à l’occasion de son premier film d’époque, s’est entouré d’une équipe avec laquelle il a collaboré étroitement.
Tout d’abord auprès de Virginie Montel, créatrice de costumes et directrice artistique, avec qui il travaille depuis Les Marchands de sable, en 2000. Elle a su habiller avec discrétion les comédien·ne·s pour différencier les deux périodes – proches – du film, mais également pour raviver une époque passée avec élégance et classe. Tandis qu’avec Julien Poupard, le directeur de la photographie, ils ont cherché une colorimétrie chaude.
Pour le cirque forain, construit entre la forêt et la ville, aux portes de Paris, et pour rendre vivante cette époque, il a été assisté par Angelo Zamparutti, chef décorateur, et Gérald Aussiette, qui a peint les roulettes et les devantures d’attractions. Le cinéaste avoue n’avoir jamais travaillé avec tant de ferveur avec une équipe pour trouver l’image, les costumes et les décors parfaits pour retranscrire une histoire.
La Vénus électrique est bien plus qu’une simple reconstitution des années folles : c’est une œuvre vibrante, portée par des acteurs et actrices qui s’y donnent corps et âme et avec joie. À la fois léger, drôle et profondément tendre, ce onzième long-métrage de Pierre Salvadori a su marquer l’ouverture du Festival de Cannes par son intensité et son originalité.
Marine Moutot
La Vénus électrique
Réalisé par Pierre Salvadori
Avec Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vimala Pons
Comédie, France, Belgique, 2h02
Diaphana Distribution
Sorti le 12 mai 2026
