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Comédienne et metteuse en scène de théâtre, la réalisatrice Marie Rémond signe avec ce premier long-métrage l’histoire d’Élise, une jeune femme qui voit sa vie basculer lorsqu’elle commence à avoir des crises de panique.
Dans ce film inspiré de son vécu, Marie Rémond endosse trois rôles : réalisatrice, scénariste et actrice. Elle a toujours travaillé autour de personnages sensibles aux prises avec des démons personnels. Dès sa première création théâtrale : André d’après Open de André Agassi ou même Vers Wanda autour de Barbara Loden qui a subi une relation toxique avec le réalisateur Elia Kazan jusqu’à sa dernière pièce Delphine et Carole sur Delphine Seyrig et Carole Roussopoulos – que j’ai pu découvrir au Théâtre de la Villette et que je vous conseille.
Élise sous emprise est une première œuvre cinématographique qui reste légère et joyeuse malgré le drame qu’elle aborde.
Pourquoi voir le film ?
Pour sa simplicité
Le film surprend à la fois par la légèreté de son sujet, mais aussi par la douloureuse expérience de l’héroïne. Très vite, elle est effacée, comme anéantie par la présence des hommes qui se trouvent autour d’elle et en premier lieu Léopold, son amoureux (interprété par José Garcia, excellent). Elle est dans son ombre et son emprise depuis huit ans. Il la cajole, avant de la rabaisser, pour finir par la détruire par ses mensonges et sa médisance. Elle n’existe plus qu’à travers lui et un travail incessant, au service des hommes qui l’entourent – le metteur en scène dont elle est l’assistante et Léopold qu’elle guide.
La cinéaste part d’une expérience personnelle qu’elle a vécue il y a une quinzaine d’années pour écrire le scénario d’Élise sous emprise. Cela se ressent dans les différentes scènes où nous sommes à ses côtés : nous avons sa vision des choses. Nous regardons le monde grâce à elle, à l’écrasement progressif qu’elle ressent. Ses crises de panique sont là pour l’aider à prendre conscience qu’elle a perdu son corps et sa vie à cause des autres.
La mise en scène suit cette idée : partager la vie d’Élise sans jugement. À la manière de ses mises en scène théâtrales, Marie Rémond fait un film de bric-à-brac lumineux sur un sujet lourd. Pourtant elle n’oublie pas de donner la parole à d’autres comme elle – en ouvrant son film par des patient·es atteint·es du même syndrome – mais aussi aux autres personnes rayonnantes qui l’entourent.
Pour ses personnages attachants
En dehors d’Élise, effacée et absente – surtout au début du récit -, elle a autour d’elle des protagonistes qui vont la soutenir à leur manière. D’abord Emma (Olivia Côte) son amie qui trouve toujours le temps de la soutenir, malgré ses propres soucis. Joyeuse, drôle, cette mère célibataire subit du harcèlement au boulot par sa nouvelle boss, cela apparaît en filigrane, à la périphérie du regard d’Élise, mais visible au nôtre.
Puis il y a Joseph (Gustave Kern) et ses chèvres. Cette rencontre fortuite sera un véritable soutien pour Élise, qui découvre une nouvelle façon de voir le monde. Une chèvre peut résoudre bien des crises de panique et surtout aider à regarder les gens autrement.
C’est aussi Anne Le Ny, qui apparaît pendant quelques scènes, et la regarde avec bienveillance, ou encore le médecin (Yannick Choirat) qui écoute, ne juge jamais et au contraire encourage.
Le film montre ainsi que, face à une relation toxique, la bienveillance et le soutien des ami·es sont essentiels pour se reconstruire et retrouver ses rêves.
En choisissant de traiter l’emprise avec douceur et parfois légèreté, Marie Rémond évite le pathos et propose une œuvre humaine. Élise sous emprise interroge autant qu’il accompagne, en montrant que la sortie des violences psychologiques passe aussi par la solidarité et les rencontres. À travers le parcours d’Élise, la cinéaste filme la lente perte de soi, mais aussi la possibilité d’un retour à la vie.
Point d’histoire : Le trouble panique
Réponse de Marie Rémond dans le dossier presse du distributeur KMBO
Le trouble panique, ce n’est ni une dépression, ni une crise d’angoisse isolée. On parle de trouble panique à partir du moment où la peur excessive se déclenche de manière répétée, pendant plus d’un mois, avec la crainte perpétuelle d’avoir une nouvelle attaque de panique. Je trouve que Christophe André en parle très bien dans son livre Psychologie de la peur :
« Lorsque les attaques de panique se répètent, elles vont prendre la forme d’une affection particulièrement invalidante, le trouble panique. En raison du caractère très pénible des attaques de panique, les personnes qui en souffrent redoutent par-dessus tout d’avoir d’autres crises, et craignent les conséquences de celles-ci : mort ou folie. Bon nombre d’entre elles sont persuadées de souffrir d’une maladie organique que les médecins seraient incapables de diagnostiquer, et multiplient les examens médicaux et les consultations auprès de spécialistes. D’autres en viennent à modifier considérablement leur mode de vie, en renonçant à certaines activités (sorties, déplacements, professions…) qui pourraient les exposer à des crises de panique. » Christophe André, Psychologie de la peur © Odile Jacob, 2004
« Il faut être prudent avec la tentation de banaliser ces symptômes ou de penser que repos ou vacances permettront d’en venir à bout : c’est rarement le cas. Dans son récit autobiographique Voyage au bout de l’angoisse, la journaliste Pascale Leroy raconte avec humour et précision le trouble panique dont elle a souffert : « Rien n’a changé, sauf que je suis maintenant habitée par la certitude que “ça” peut revenir et me terrasser à tout instant. La première fois, le malaise m’avait surprise ; dorénavant, je le guette, l’attends… ». « Et c’est revenu. Dans la rue, toujours. Avec toujours les mêmes sensations, les mêmes impressions. Je me sens “partir” comme si je perdais contact avec le monde. Une force d’une violence inouïe m’emporte ailleurs. L’énervement me gagne, je me crispe, me raidis, mon corps se tétanise, j’ai chaud et froid tout à la fois, je transpire et je tremble, je me sens vidée de toute mon énergie. Mon cœur bat à une cadence affolante… ». « Les Américains parlent d’attaque de panique. Ils ont raison : il s’agit bien d’une attaque en règle, et je suis seule face à un adversaire puissant et rapide qui ne me laisse aucun répit, aucune chance de m’en sortir… ». Christophe André, Psychologie de la peur © Odile Jacob, 2004
Si vous êtes victime de violences conjugales, appelez le 3919 ou allez sur le site de Solidarité Femmes.
Marine Moutot
Élise sous emprise
Réalisé par Marie Rémond
Avec Marie Rémond, José Garcia, Gustave Kervern
Comédie dramatique, France, Belgique, 1h26
KMBO
Sorti le 12 mai 2026
