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Découvert pendant la 36e édition du Festival Ciné-Junior, Le Garçon qui faisait danser les collines y reçoit trois prix, dont le Grand Prix Ciné-Junior et le Prix du Jury Jeune. Joyeux et drôle, le premier long-métrage de Georgi M. Unkovski raconte l’histoire d’Ahmet, un jeune garçon éleveur de moutons qui vit avec son père et son jeune frère, Naim, dans un petit village yörüks de Macédoine du Nord.
Suite à la mort de leur mère, le père d’Ahmet et de Naim tente de vivre selon les traditions et ce qui lui semble être le mieux. Il retire Ahmet de l’école pour qu’il travaille et mène Naim tous les jours voir un marabout pour l’aider à parler. Très vite, les deux jeunes trouvent un échappatoire dans la musique.
Pourquoi voir le film ?
Pour sa légèreté
Malgré les sujets durs que le film aborde, jamais le cinéaste ne se laisse aller à raconter le récit de ses protagonistes avec emphase ou pathos. Au contraire, en choisissant de traiter de la musique, il parvient à montrer cette histoire d’émancipation avec passion et beaucoup d’humour. Le début de l’histoire prend les traits d’un drame, porté par une jeunesse qui, grâce à internet et aux nouvelles technologies, cherche à s’ouvrir au monde. En plus d’Ahmet et de son jeune frère, il y a Aya, une jeune femme qui aime la danse et rêve de faire de grandes études, mais qui doit épouser un homme dont elle ignore tout.
Très vite pourtant, le cinéaste fait preuve d’humour pour mener son récit. Ainsi, Ahmet se retrouve dans une rave party après avoir suivi un mouton curieux ; le muezzin du village apprend à se servir de son nouvel ordinateur et envoie quotidiennement dans les haut-parleurs de l’appel à la prière le son d’arrêt — si reconnaissable — de Windows… Le film est aussi ponctué de moments de grande liberté au milieu des champs, à écouter de la musique et à danser.
Plus qu’un film qui oppose la tradition à la modernité, Le Garçon qui faisait danser les collines montre l’évolution des mentalités et comment le fossé entre les deux n’est pas une frontière infranchissable, mais un petit pas à franchir.
Pour son récit d’émancipation
Les Yörüks sont des habitants de Macédoine du Nord qui, par leur mode de vie, ont toujours été isolés du reste du pays. Le cinéaste américano-macédonien Georgi M. Unkovski s’intéresse à la manière dont internet et l’ouverture de la jeunesse au monde transforment la vie de cette communauté. Ahmet et Aya ne sont pas si différent·es des autres jeunes qui veulent explorer et apprendre. De plus, ces éleveurs de moutons étaient d’anciens nomades qui ont fini par se sédentariser. Ce rêve d’ailleurs fait également écho à un questionnement autour de la place des femmes dans cette tradition.
Pendant un concours de danse traditionnelle, Aya et ses amies décident de danser sur une musique ouvertement contemporaine et d’explorer des mouvements plus libres. Elle défie ainsi, à sa manière, son père et la société patriarcale qui la destine, à son jeune âge, à épouser un homme qu’elle ne connaît pas.
Dans les récits et souvenirs des deux héros, leur mère semble déjà être celle qui annonçait le changement : passionnée de musique, elle avait veillé à ce que ses fils soient tous les deux scolarisés. Elle avait déjà ce regard vers l’extérieur qui semble manquer au père. Le film montre que le changement et la transmission passent avant tout par les femmes, aussi bien au sein de cette communauté que dans la société en général.
Pour les deux jeunes comédiens
Le réalisateur a fait le choix de l’authenticité. Il a vu, avec son équipe, plus de 3 000 enfants qui habitaient dans la région du tournage. Finalement, c’est Arif Jakup, qui vient du village, qui a obtenu le rôle d’Ahmet. Il apporte ce regard naïf et optimiste sur les traditions. Quant à Agush Agushev, qui incarne Naim, il vient d’une famille semblable à celle du film. Il est impressionnant de justesse dans le rôle du petit frère muet, suite à la mort de sa mère, qui regarde le monde avec candeur et émerveillement. Il parvient également à transmettre la peur et la crainte face à son père, qui ne peut pas comprendre sa détresse.
Ces deux comédiens portent le film par leur présence et leur sincérité. Leur alchimie et la liberté que leur laissait le réalisateur rendent le long-métrage lumineux et joyeux.
Avec son regard à la fois tendre et malicieux sur une communauté rarement représentée au cinéma, Le Garçon qui faisait danser les collines réussit à parler de sujets universels sans jamais perdre sa légèreté. Entre traditions et aspirations nouvelles, Georgi M. Unkovski signe un premier long-métrage lumineux qui célèbre la liberté, la transmission et le pouvoir rassembleur de la musique. Porté par de jeunes interprètes remarquables, le film rappelle que le changement naît souvent de celles et ceux qui osent imaginer d’autres possibles.
Point d’histoire : Les Yörüks
Le texte suivant est tiré du dossier de presse réalisé par le distributeur KMBO
Les Yörüks sont une population d’origine turkmène autrefois nomade ou semi-nomade, installée historiquement en Anatolie et dans plusieurs régions des Balkans. Leur nom vient du verbe turc yürümek, qui signifie « marcher » ou « se déplacer », en référence à leur mode de vie fondé sur la transhumance et l’élevage de moutons et de chèvres. Au moment de l’expansion de l’Empire ottoman, certaines tribus sont déplacées d’Anatolie vers l’Europe, notamment en Macédoine du Nord, en Grèce et en Bulgarie. Ces communautés jouent alors un rôle stratégique : elles exploitent les pâturages montagneux, participent au peuplement de territoires nouvellement conquis et fournissent parfois des auxiliaires militaires. À partir du XIXe siècle, les politiques de sédentarisation et les transformations économiques de la région conduisent progressivement ces populations à abandonner le nomadisme. Aujourd’hui, en Macédoine du Nord, les Yörüks constituent une petite minorité principalement installée dans des zones rurales de l’est et du sud-est du pays. Bien que la plupart se définissent désormais comme Turcs, certains continuent de revendiquer une identité héritée de leur histoire pastorale et tribale. Cette culture se manifeste encore dans certaines traditions musicales, culinaires ou sociales, même si l’ouverture au monde contemporain et les transformations sociales ont progressivement atténué les particularités qui distinguaient autrefois ces communautés.
Marine Moutot
Le Garçon qui faisait danser les collines
(DJ Ahmet)
Réalisé par Georgi M. Unkovski
Avec Arif Jakup, Agush Agushev, Dora Akan Zlatanova
Comédie dramatique, Macédoine, République tchèque, Serbie, Croatie, 1h39
KMBO
Sorti le 3 juin 2026
