[SALLES DE CINÉMA] Le Japon

Image de l'intérieur du TOHO

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Le Japon est un pays qui aime le cinéma — et qui le fait savoir. Des publicités pour des films actuellement à l’affiche ou à venir sont diffusées dans les gares, sur les bus, dans les métros ou encore dans les centres commerciaux.

Il y aurait environ 3 675 d’écrans au Japon en 2025 selon les données disponibles sur l’industrie cinématographique, mais ce chiffre fluctue régulièrement selon les sources et les méthodes de comptage. Par exemple, deux sites deux chiffres autour des cinémas en eux-mêmes : Rentech digital établie à 758 salles de cinéma, tandis que Poi Data rapporte 908 cinémas. On trouve à la fois des salles indépendantes et des multiplexes exploités par des groupes comme Toho, Aeon (lié au groupe Warner), Movix ou encore Cineplex. En général, les grandes villes disposent de plusieurs cinémas : il n’est pas rare de trouver cinq ou six établissements dans une ville moyenne, tandis qu’à Tokyo, la capitale, on en compte plusieurs dizaines. Néanmoins, ce n’est pas le cas partout au Japon, et certaines zones rurales sont relativement désertes en salles obscures, la majorité étant concentrée dans les grandes agglomérations.

Les sorties cinématographiques ont généralement lieu le vendredi, comme aux États-Unis par exemple. Ce jour est souvent privilégié car il maximise le nombre d’entrées sur le week-end, période cruciale pour évaluer le potentiel d’un film en salle. Lors de mon séjour au Japon, de mi-septembre à mi-octobre 2025, la plupart des sorties concernaient des films d’animation, des dramas coréens et quelques films étrangers — dont Une bataille après l’autre, que j’ai pu découvrir à cette occasion.

En 2025, le Japon a enregistré environ 188,7 millions d’entrées, un chiffre en forte hausse par rapport à 2024 (144 millions) et le deuxième plus élevé depuis 2000. La moyenne du prix d’un ticket en 2025 a aussi atteint un record, autour de 1 454 yens, soit environ 7,92 euros.

Top 5 – Box Office Japon (2025)

  1. Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba – Infinity Castle (Japon) : plus de 5 millions de billets vendus dans les 4 premiers jours et cette adaptation du célèbre manga a cumulé près de 20 millions de spectateurs rien qu’au Japon
  2. Kokuho (National Treasure) (Japon) : blockbuster live-action inattendu
  3. Detective Conan: One-Eyed Flashback (Japon) : très fort succès dans la franchise animée.
  4. Chainsaw Man: The Movie – Reze Arc (Japon) : gros succès pour cette adaptation d’un animé
  5. Cells at Work! (Japon) : adaptation populaire d’un animé éducatif

Le meilleur film étrangé au Japon est le dernier opus de la célèbre saga Mission : Impossible – The Final Reckoning avec Tom Cruise, se classant dans le top box office domestique japonais (juste derrière plusieurs succès japonais).

L’expérience en salle entre la France et le Japon présente peu de différences majeures. Parmi les particularités, on peut noter que, même dans les multiplexes, la salle reste dans le noir jusqu’à la fin du générique, et la plupart des spectateurs restent assis calmement jusqu’à la réapparition des lumières — un comportement que l’on pourrait qualifier de très japonais. (Mon expérience repose sur deux films d’art et d’essai ; il est possible que ce respect apporté à l’œuvre ne soit pas le même pour tous les types de films.)

Par ailleurs, dans les multiplexes, il est courant de trouver des boutiques vendant des goodies liés à des franchises populaires, en particulier autour des dessins animés. La plupart du temps, les films étrangers sont doublés en japonais, mais il est possible de trouver des projections sous-titrées en japonais pour certains films, notamment coréens ou américains. Les films d’animation représentent une part importante du box-office, avec des adaptations de mangas célèbres comme Demon Slayer qui enregistrent des performances remarquables.

Pendant mon voyage, j’ai eu l’occasion de tester deux salles de cinéma dans des villes et des établissements très différents.

C’est l’un des cinémas les plus anciens encore en activité au Japon. Situé dans le quartier de Gondo, à Nagano, il occupe une place particulière dans l’histoire et la vie culturelle locale.

À l’origine, le site était un théâtre traditionnel fondé en 1892 sous le nom de Chitose-za. Il accueille dès 1897 les premières projections cinématographiques de la région, ce qui en fait l’un des tout premiers lieux de diffusion du cinéma dans la préfecture de Nagano. En 1919, la salle prend le nom de Aioi-za, avant d’évoluer au fil du XX? siècle pour s’adapter aux mutations de l’exploitation cinématographique.

Aujourd’hui, le cinéma se compose de trois salles — Nagano Shochiku Aioi-za, Nagano Roxy 1 et Nagano Roxy 2 — pour un total d’un peu plus de 500 places. Malgré plusieurs rénovations, le lieu conserve une atmosphère ancienne héritée de son passé de théâtre puis de cinéma de quartier.

Plus qu’un simple cinéma, il est aujourd’hui considéré comme un symbole vivant de l’histoire du cinéma japonais, ayant traversé toutes ses grandes évolutions — du muet à la projection numérique — tout en restant profondément ancré dans la vie culturelle locale.

J’ai pu y découvrir le film américain, A Different Man d’Aaron Schimberg, qui n’est pas encore sorti en salles en France. Caché dans une galerie japonaise à Nagano, ce cinéma propose plusieurs films à une séance par jour : des films art et essais américains ou européens, des films japonais, des classiques ou des projections spéciales accompagnées de rencontres et d’événements… Il y a trois écrans, assez vétustes, mais la qualité de projection est bonne. Une personne m’a vendu mon ticket dans un petit guichet extérieur. À l’intérieur, il y a un bar et des étagères remplies de prospectus sur les films à venir.

TOHO Cinemas Namba

Le TOHO Cinemas Namba est l’un des principaux complexes cinématographiques d’Osaka. Situé dans le quartier très animé de Namba, au sud du centre-ville, il se distingue par sa localisation – qui reste assez courante dans les grandes villes japonaises : le cinéma occupe les étages supérieurs (dont le 8e étage) d’un grand bâtiment commercial, une configuration typique des métropoles japonaises où l’espace au sol est rare et fortement valorisé. L’entrée est un peu dure à trouver quand on ne s’attend pas à devoir prendre un ascenseur.

Ouvert en 2006, le TOHO Cinemas Namba s’inscrit dans le développement du réseau TOHO Cinemas, la plus grande chaîne de cinémas du Japon, filiale du groupe Toho. Il représente parfaitement le modèle du multiplexe moderne japonais, pensé pour accueillir un public nombreux et varié dans un environnement urbain dense.

Le complexe comprend plusieurs écrans (environ neuf) pour une capacité totale proche de 2 000 places, avec des salles équipées des technologies de projection et de son les plus récentes. L’offre privilégie les grandes sorties japonaises et internationales, les films d’animation à succès, ainsi que les blockbusters américains, tout en proposant régulièrement des séances en version originale sous-titrée. J’ai pu y découvrir par exemple le dernier film de Martin Scorsese, Une bataille après l’autre en version originale sous-titré. Ici aussi les spectateur.trices ont attendu que les lumières se rallument pour sortir, à la fin du générique.

La comparaison entre un cinéma historique et un multiplexe tel que le TOHO Cinemas Namba illustre deux visages très différents, mais complémentaires, du cinéma au Japon.

Les cinémas historiques, souvent issus d’anciens théâtres ou de salles construites au début du XXe siècle, sont profondément ancrés dans leur territoire. Leur programmation est généralement plus diversifiée, mêlant films d’auteur, œuvres indépendantes, classiques et projections spéciales. Ces lieux privilégient une relation de proximité avec le public, une attention particulière à l’œuvre projetée et une forte dimension patrimoniale. Ils sont perçus comme des espaces culturels autant que comme des salles de projection. Ils sont assez similaires aux salles art et essai que l’on trouve en France, apportant un lien culturel fort au public. 

À l’inverse, les multiplexes, majoritairement situés dans des centres commerciaux ou des buildings urbains, répondent à une logique industrielle et économique. Leur force réside dans la capacité d’accueil, la diversité des horaires, la qualité technique des projections et la concentration des grandes sorties nationales et internationales. Ils jouent un rôle central dans la diffusion massive des films populaires, notamment les films d’animation japonais et les blockbusters.

Marine Moutot

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